Dessins par Harald Wolff
Saturday, May 16, 2026
SUIVEZ L'ARGENT... 20,000 LIEUES SOUS LA SURFACE
Les récits familiers racontent comment un changement se produit. Pour comprendre les causes profondes, il faut analyser les grandes transformations économiques.
Prenons l'exemple du Dahomey en 1853. Ce royaume est alors spécialisé dans l'exportation d'esclaves. Lorsque les Britanniques bloquent le port pour empêcher le départ des navires négriers, le roi se retrouve soudain avec trois cents prisonniers dont il ne sait que faire.
Plutôt que de les vendre aux producteurs locaux d'huile de palme — qui auraient pu utiliser cette main-d'œuvre pour s'enrichir et contester son pouvoir —, il choisit de les faire exécuter lors d'un grand sacrifice rituel.
-- Analysé par le regretté anthropologue Claude Meillassoux,
Ostentation, destruction, reproduction, « Économies et sociétés », 1968, II, 4, pp. 760-766.
Le roi est assis sous son parasol, symbole de pouvoir. Le public derrière lui applaudit chaque fois que le bourreau lève une tête.
La destruction de ces richesses rentables préserve l'ordre établi, tandis que leur élimination spectaculaire conforte l'autorité.
Ces pages avancent l'idée que ce conflit était universel durant les époques préindustrielles.
Pour l'illustrer,
elles s'appuient sur des exemples
tirés de l'Afrique précoloniale
et de la France préindustrielle.
* * *
Suite,
Thursday, May 14, 2026
0.1. RÉSUMÉ ET CONTENU
BASES ÉCONOMIQUES COMPARABLES, POUVOIRS COMPARABLES
Luttes comparables aussi.
Le Shehu de Bornou dans récit de Clapperton, 1824 Louis XIV par M. Leloir dans G. Toudouze, Le Roy Soleil, 1931
Les rois sont soulignés et isolés de la même manière.
* *
Contenu
3.6. Soumissions explicites des forces d'argent
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3.8. En Europe, des guerres aux limites comparables 3.9x. La valeur féodale, une raison pour le carnage de la Première Guerre Mondiale ?
4.6.1. Destruction, esclavage et croissance4.6.2. Adapter l'Islam à la production commerciale4.6.3. Samori : les razziés oubliés4.6.4. Détour : l'Histoire nationaliste cache des réalités actuelles4.6.5. Samori et le Judas sénoufo4.6.6. Détour : la conquête n'apporte pas le contrôle économique
4.7. Quand les esclaves sont libérés les économies s'éffondrent
5.2. Croissance économique et « Guerres de Religion »
5.4.2. Des rois musclés dispersent plus de richesses5.4.3. Détour : l'éclat durable de la monarchie française
5.5.1. Festivités5.5.2. Favorites
VI. LE ROI-SOLEIL, L'ANTI-CAPITALISTE ULTIME
6.1. Louis a-t'il besoin d'un autre palais ?
6.2. L'énigme de Versailles
6.3. Pas d'eau !
6.4. Les travaux gargantuesques apportent (un peu) d'eau
6.5. Neutraliser et faire circuler les richesses
6.8. Détour : une foi spécifique à la France
Wednesday, May 13, 2026
0.2. HISTORIENNE D'AFRIQUE SOUS-SAHARIENNE
LES PAGES SUR L'AFRIQUE VIENNENT DE MA THÈSE DE DOCTORAT EN HISTOIRE AFRICAINE POUR L'UNIVERSITÉ COLUMBIA À NEW YORK, EN 1975
Elle était résumé par l'article Croissance et violence dans la zone soudanienne, publié dans cet ouvrage en 1982.
L'article final de la publication, traduit de l'anglais par Emmanuel Terray, pp. 423-500
Contre l'avis général qui la disait « en déclin », j'ai voulu démontrer que la savane subsaharienne traversait en réalité une période d'un dynamisme économique exceptionnel. Une telle vitalité barrait la route aux ambitions des conquérants européens. C’est pour briser cette résistance économique que ces derniers, sitôt leur domination militaire assurée, prirent la décision stratégique d'émanciper les esclaves en 1907. Privées d’un coup de leur force de travail, les économies africaines s'effondrèrent en l'espace de quelques semaines, ouvrant grand la voie à l'instauration du modèle colonial.
Pour étayer cette thèse, j'ai d'abord plongé dans les données économiques laissées par les explorateurs, retraçant l'histoire de la zone soudanienne du Moyen Âge jusqu'à la fin de l'esclavage. Puis, mon enquête m'a menée de Paris à Abidjan, de Dakar à Bamako, et de Ouagadougou à Accra. Partout, les documents d'archives et les entretiens — notamment à Ségou, au Mali — confirmaient cette croissance oubliée. J'ai également passé trois mois sur le terrain dans le Djimini, au nord de la Côte d'Ivoire. Là, au fil des discussions, ont éclaté au grand jour les tensions profondes entre les intérêts émergents et les structures traditionnelles menacées..
Ce travail a donné naissance à un long article, le dernier d'un recueil publié sous la direction de Jean Bazin et Emmanuel Terray, directeurs successifs de l'EHESS à Paris. Si une revue universitaire canadienne en fit un éloge vibrant, l'ouvrage fut boudé en France, malgré le prestige de mes deux éditeurs, alors chefs de file de l'histoire africaine.
Lors de ma soutenance de thèse, le professeur Stuart Bruchey, un sourire aux lèvres, me qualifia de « marxiste civilisée » avant de me proposer de publier mon travail chez Columbia.
J'avais épousé un Français, j'avais un jeune enfant, j'habitais à Paris et je n'avais aucun moyen de revenir aux États-Unis. Ne sachant pas que le livre serait ignoré et espérant que les portes universitaires françaises finiraient par s'ouvrir, plutôt que de réviser ma thèse pour l'envoyer à Columbia, j'ai frappé à des portes qui sont restées closes.
Alors, je suis devenue guide touristique. Ayant besoin du soutien du consul de France à Washington pour obtenir ma carte de guide, Terray lui a écrit cette lettre :
Alors je suis devenue guide touristique. Ayant besoin du soutien du consul français à Washington pour obtenir une carte de guide, Terray lui a écrit cette lettre :
En dépit de la qualité de son travail, Catherine Aubin n'a pu trouver sa place dans les institutions universitaires françaises. Ceci ne surprendra pas ceux qui ignorent à quel point ces institutions sont repliées sur elles-mêmes et réservées à une "elite", présélectionnée depuis les grandes écoles (Ecoles Normales Supérieurs) et les concours administratifs (Agrégation). Même si Catherine Aubin avait publié sa thèse au Etats-Unis, même si elle avait publié de nombreux articles — au dela de sa contribution à l'ouvrage collectif Guerres de lignages et guerres d'Etat que j'ai publié avec Jean Bazin en 1982 — cela n'aurait rien changé à la situation et ne lui aurait pas permis d'accéder à un emploi universitaire en France ; son cas est loin d'être unique : quels que soit la soient ses qualités et la valeur de ses travaux — et dans le cas précis elles sont grandes — il est pratiquement impossible à un étranger, et peut-être plus encore à une étrangère, de s'intégrer en France à des filières universitaires dont l'accès est, de facto, solidement verrouillé dès le départ.
--Emmanuel Terray, Directeur de l'EHESS, le 8 janvier 1991
Devenir guide m'a conduit vers l'histoire française et aux comparaisons qui suivent.
Voici cette étude,
la suite française en plus.
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Monday, May 11, 2026
0.3. POURQUOI CHOSIR L'AFRIQUE ?
LA RAISON EST UNE BABY-SITTER
Quand mon frère et moi étions petits, Cora Bailey veillait sur nous lors des jours de repos de notre mère.
Cette femme noire, d’un calme olympien, ne nous grondait jamais ; pourtant, il ne nous serait jamais venu à l'idée de lui désobéir. Je garde le souvenir de ses superbes tartes au citron et de ses délicieux biscuits au beurre de cacahuète. Parfois, sa fille Doris l'accompagnait. Je l'admirais pour ses prouesses de majorette.
À mes quinze ans, l'insouciance s'est brisée. Cora m'a confié que Doris ne venait plus car elle avait eu un enfant, puis, peu après, que le nourrisson était mort. « Il lui manque », m'avait-elle dit simplement. C'est vers cette époque qu'un premier basculement a eu lieu. Une tante de ma mère, bénévole dans une association caritative de la ville de Cora, a rapporté qu'elle se prostituait. La sentence de ma mère fut immédiate et irrévocable : « Nous n'avons plus besoin de vous ».
Nous ne l'avons plus jamais revue. Elle n'a même jamais su la cause exacte de son renvoi. Que l'accusation fût vraie ou fausse, sa vie privée ne nous regardait pas, et aucun geste déplacé n'avait terni ses dix années chez nous. Cette injustice brute, subie par une femme vulnérable, a agi comme un détonateur. Le souvenir de cette injustice a orienté mes convictions vers la gauche et le souvenir de Cora a fait naître en moi une profonde empathie pour la communauté noire. C'est ce souvenir fondateur, empreint de révolte et de gratitude, qui m'a plus tard poussé à étudier l'histoire africaine.
Blook II est dédié
à Cora Bailey.
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Friday, December 7, 2018
I. DES ARRIÈRE-PAYS À L'AUBE D'UNE CROISSANCE RAPIDE
TOMBOUCTOU VERS 1850 ET PARIS VERS 1450 ÉTAIENT DES HINTERLANDS EN COMPARAISON AVEC LES VILLES DE L'ITALIE, DU MOYEN ORIENT, DE L'INDE ET DE CHINE
Arrivée à Tombouctou, « Travels and Discoveries in North and Central Africa » par Henrich Barth, 1855 / zoom
L'augmentation de la production a favorisé l'émergence d'États qui sécurisent le commerce, notamment à l'ouest du lac Tchad et le long des fleuves Sénégal et Niger. Bientôt, Tombouctou intègre une puissante théocratie.
Paris : la voie de commerce nord-sud ressemble à un chemin de campagne.
Louis II d'Anjou arrive à Paris, « Chronique de Jean Froissart », vers 1475 / zoom
Après s'être relevée des ravages de la peste et de la guerre de Cent Ans, la France connaît une reprise économique progressive. Bientôt, l'élan des grandes explorations et des découvertes maritimes va catalyser une croissance inédite, amorçant un profond bouleversement à la fois religieux, politique et culturel.
Elles font face aux mêmes mutations.
Regardons leurs bases concrètes
pour comprendre pourquoi.
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