Saturday, November 17, 2018

2.4. AÎNÉS, CHEFS ET ROIS : LE DAHOMEY ET LA FRANCE


EN PÉRIODE DE CROISSANCE ÉCONOMIQUE LE POUVOIR SE CENTRALISE POUR CONTRÔLER LES RICHESSES 

L'autorité évolue par étapes : les aînés cèdent d'abord la place aux chefs, puis aux rois. Un exemple de cette sacralité : Des morceaux de l'habit de Louis XVI sont gardés comme des reliques de saints, et des gardes révolutionnaires trempent leurs piques dans son sang.

   -- La Mort du roi, « La Guillotine et l'imaginaire de la Terreur » par Daniel Arasse, 1987, p. 81

 

Les monarchies françaises et dahoméennes tirent leur légitimité  d'un lien sacré avec le divin, qu'ils associent aux ancêtres.

  • Au Dahomey :

Encyclopédie Britannica




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Les investitures des deux royaumes soulignent ce lien de base. 

  • Au Dahomey, le couronnement culmine avec l'exécution de captifs, offerts comme serviteurs aux rois défunts. Le nouveau souverain clore la cérémonie en brandissant le crâne d'un chef ennemi.

Sacre du roi Bâhadou, 1863 / zoom

  • En France, les sacres se déroulent traditionnellement à Reims — à environ 140 kilomètres de Paris —, en utilisant une huile sainte que la légende dit apportée par une colombe du ciel. Ce rituel relie les trois grandes dynasties (les Mérovingiens, les Carolingiens et les Capétiens) au baptême de Clovis, le premier roi chrétien, unifiant ainsi ces lignages successifs autour d'une même légitimité spirituelle. 

     XVe siècle / zoom

  • Les mausolées royaux sont un autre aspect de ce lien.

      Zoom


  • Que tous les rois Bourbon s'appellent « Louis » et tous les chefs de la branche cadette « Philippe » rappelle l'ancêtre choisi (Saint Louis / Philippe de Valois).
 
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Les couronnements mobilisent les populations par des processions et des spectacles où le roi est la vedette : 


Au Dahomey les quatre jours de l'événement incluent douze heures de procession pour exhiber les richesses du roi.
       
         Cavalcade de Louis XV après la sanctification, le 16 octobre  1722 par Pierre-Denis Martin / zoom

En France les populations viennent de toute la région voir passer le roi et la cour et la cavalcade qui suit le couronnement. 

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Les sacres se terminent par un spectacle où le roi est la vedette : 

Vidéo 1930, musée Albert Kahn / zoom 

Au Dahomey « Divers danses, toutes exécutées en style de décapitation par le Roi. Le bruyant ravissement de la foule ne connaissait pas de limites quand le Roi a dansé avec son épée entre les dents. Finalement le Roi a distribué des bouteilles de rhum, un signe qu'il était fatigué. Il avait dansé trente-deux danses.»
-- Burton, p. 221 

         Entrée de Louis XI à Paris par Francis Tattegrain, 1889-90 / zoom

En France, le roi nouvellement couronné fait une entrée spectaculaire à Paris. Jusqu'au début du XVIIe siècle son chemin le joignait aux ancêtres.

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Le lien avec le sacré est annuellement entretenu :

Zoom
Au Dahomey, des captifs moins nombreux sont envoyés vers les rois décédés.
 
Les notables sous les parasols et les danseurs / percussionnistes révèlent le rituel des mises à mort.

Le livre d'heures d'Henri II (vers 1540), détail / zoom

En France, le roi touche les scrofuleux après après avoir communié à Pâques.


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Détruire des richesses fait partie des sacres. 

  • Au Dahomey le rituel finit par la décapitation d'esclaves, le bien le plus coûteux.

        Victimes pour le sacrifice, « The History of Dahomey, an Inland Kingdom of Africa » par Archibald Dalzel, 1793 / zoom

Les captifs sont attachés à des poteaux, mais « le confinement n'était pas cruel : chaque victime avait un attendant debout derrière lui, pour éloigner les mouches ; tous étaient nourris quatre fois par jour, et étaient libérés pour dormir [...]. Ils marquait la cadence de la musique et bavardaient ensemble [...]. C'est l'intention du Roi de les garder dans la meilleure des humeurs » pour qu'ils abordent gaiement leur service futur. 

-- Sir Richard Burton A Mission to Gelele, King of Dahomey, 1864, p. 205. Un récit du royaume proche d'Ashanti mentionne des captifs qui semblent également détendus.


         Combat pour les têtes des sacrifiés,* « Le tour du monde », 1863 / zoom
*Erreur: les têtes étaient réservées au roi.

Burton mentionne un combat violent pour des cadeaux du roi et dit que les blessures et les morts soulignent le soutien.

  • En France,  « Il y avait beaucoup de tués et de morts » dit un chroniqueur du tournament célébrant la naissance d'un dauphin (en 1518).
-- François Ier par Emmanuel Bourassin, 1997, p.75


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Au Dahomey, le sacrifice d'esclaves — la « marchandise » alors la plus coûteuse et la plus prestigieuse — détruisait des richesses qui auraient pu être investies, tout comme le coût des spectacles et des objets d'art, tels que les tapisseries, en France. 

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Suite,



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