Saturday, November 17, 2018

2.4. ROIS, ANCÊTRES ET COURONNEMENTS


LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE CONDUIT À DES POUVOIRS PLUS ROBUSTES POUR LA CONTENIR

Les aînés s'éclipsent devant les chefs et les chefs devant les rois. La vénération qu'ils inspirent* est due à leur lieu avec l'au-delà, par la médiation de leurs ancêtres. 

*Des morceaux de l'habit de Louis XVI sont gardés comme des reliques de saints, et des gardes révolutionnaires trempent leurs piques dans son sang.

   -- La Mort du roi, « La Guillotine et l'imaginaire de la Terreur » par Daniel Arasse, 1987, p. 81

Les ancêtres sont à la base de la puissance spirituelle des rois : prenons comme exemples la France et le Dahomey.* 

* Un royaume de la côte de l'Afrique de l'Ouest, qui se développe au XVIIIe siècle par les ventes d'esclaves et au XIXe aussi par celle de l'huile de palme.

*      *

En France les dynasties royales n'ont pas d'ancêtre commun et la théologie chrétienne efface les ancêtres. Un sacre particulier crée le lien absent.

Au IXe siècle la dynastie de Charlemagne remplace celle de Clovis, le chef franc dont le baptême est à l'origine de la monarchie française (plus en est dit ici). Le sacre des rois à  Reims, ville de son baptême, se formalise à cette époque. 

Le moment clé du rituel est l’onction : on applique sur le nouveau roi une huile sainte qui, selon la légende, aurait été apportée par une colombe (symbole du Saint-Esprit) lors du baptême de Clovis. Ainsi le sacre remplace l'ancêtre commun par un symbole divin. 

  Manuscrit du  XVe siècle, Bibliothèque nationale / zoom

L'importance des ancêtres apparaît aussi de façon directe :

  • Tous les rois Bourbon s'appellent « Louis » et tous les chefs de la branche cadette « Philippe », d'après les ancêtres Saint Louis et Philippe de Valois.
  • La Basilique Saint-Denis est une nécropole royale où depuis 750 tous les monarques (sauf trois) reposent. Les « entrées royales » y prennent leur point de départ jusqu'au début du XVIIe (montrées en bas de cette page et expliquées ici).


Au Dahomey...

Les couronnements culminent par l'exécution de captifs, pour servir les rois défunts. Le nouveau souverain clôture la cérémonie en brandissant un crâne, de son prédécesseur ou d'un chef ennemi. Les textes diffèrent mais les deux conclusions rappellent les morts.

Sacre du roi Bâhadou, Le Tour du Monde, 1863 / zoom

En réunissant les restes des monarques le mausolée royal a la même fonction que Saint-Denis.

     Le Tour du Monde, 1863 / zoom

*     *

Les couronnements mobilisent les populations par des processions...

       
         Cavalcade de Louis XV après la sanctification, le 16 octobre  1722 par Pierre-Denis Martin / zoom

En France les populations viennent de toute la région pour voir passer le roi et la cour, et pour la cavalcade qui suit le couronnement. 

Une procession au Dahomey par John Clark Ridpath, 1912) / zoom

Au Dahomey les quatre jours de l'événement incluent douze heures de procession pour exhiber les richesses du roi. Ces cortèges devaient ressembler à celui ci, des musiciens en tête, suivis par des notables et enfin une longue ligne de personnes portant les richesses.

Et des spectacles où le roi est la vedette :  


         Entrée de Louis XI à Paris par Francis Tattegrain, 1889-90 / zoom

Vidéo de 1930, musée Albert Kahn / zoom 

« Divers danses, toutes exécutées en style de décapitation par le Roi. Le bruyant ravissement de la foule ne connaissait pas de limites quand le Roi a dansé avec son épée entre les dents. Finalement le Roi a distribué des bouteilles de rhum, un signe qu'il était fatigué. Il avait dansé trente-deux danses.»
--Mission à Gelele, roi du Dahomey par Richard Burton, 1863,  p. 221 

*    *

Le lien avec le sacré est régulièrement entretenu : en France, le roi touche les scrofuleux après avoir communié à Pâques, au Dahomey, des captifs moins nombreux sont envoyés vers les rois décédés.

Le livre d'heures d'Henri II (vers 1540), détail / zoom

Le Tour du monde, 1863 / zoom
Victimes de l'Attoh,  Wellcom Collections / zoom

Les notables sous les parasols et les danseurs / percussionnistes révèlent le rituel des mises à mort.

*     *

Détruire des richesses fait partie des sacres. 

  • En France, le coût des spectacles et des objets d'art tels que les tapisseries en France, détruisait des richesses qui auraient pu être investies.

  • Au Dahomey le rituel finit par la décapitation d'esclaves, le bien le plus prestigieux et précieux.

        Victimes pour le sacrifice, « The History of Dahomey, an Inland Kingdom of Africa » par Archibald Dalzel, 1793 / zoom

Les captifs sont attachés à des poteaux, mais « le confinement n'était pas cruel : chaque victime avait un attendant debout derrière lui, pour éloigner les mouches ; tous étaient nourris quatre fois par jour, et étaient libérés pour dormir [...]. Ils marquait la cadence de la musique et bavardaient ensemble [...]. C'est l'intention du Roi de les garder dans la meilleure des humeurs » pour qu'ils abordent gaiement leur service futur. 

-- Sir Richard Burton A Mission to Gelele, King of Dahomey, 1864, p. 205. Un récit du royaume proche d'Ashanti mentionne des captifs qui semblent également détendus.

 

         Combat pour les têtes des sacrifiés,* « Le tour du monde », 1863 / zoom
*Erreur: les têtes étaient réservées au roi.

Burton mentionne un combat violent pour des cadeaux du roi et dit que les blessures et les morts soulignent le soutien.


En France, « Il y eut beaucoup de tués et de morts » 
dit un chroniqueur du tournament
célébrant la naissance d'un dauphin (en 1518).
-- François Ier par Emmanuel Bourassin, 1997, p.75

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