Friday, November 30, 2018

II. BLOQUER LA QUÊTE DU GAIN

MENU : 2. BLOQUER LA QUÊTE DU GAIN  

AU CŒUR DE TOUTES SOCIÉTÉ IL Y A LA TERRE. AVANT L'ARRIVÉE DES MACHINES, CULTIVER LES CHAMPS ÉTAIT UN TRAVAIL TITANESQUE, IMPOSSIBLE À ACCOMPLIR SEUL

Pour survivre, les humains n'avaient pas le choix : ils devaient s'entraider, faire bloc. 

Mais cette précieuse solidarité a un ennemi mortel : l'appât du gain individuel, qui pousse chacun à jouer pour soi et brise les liens de la communauté. Alors, dès que la richesse commence à grandir, ces sociétés s'adaptent et inventent des règles pour encadrer cette course au profit, avant qu'elle ne détruise tout.

  Zoom

En bref
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2.1.




Wednesday, November 28, 2018

2.1. ON NE PEUT SEUL FAIRE RENTRER LA RÉCOLTE


OU PÊCHER AVEC DE GROS FILETS OU CHASSER DE GRANDS ANIMAUX

Le travail doit être collectif.

Les moissonneurs par Pieter Breughel l'Ancien, 1565 / zoom

Mais le possibilité de vendre une partie de sa production à des marchands, ou de remplir leur demande des de cordes, de sacs, de sandales (...) remplace la solidarité et affaiblit la cohésion communautaire traditionnelle. Alors, beaucoup s'en vont : « Il est parti chercher sa fortune », les contes de fée commencent souvent.

Certains apprennent un métier ou deviennent des marchands dans les villes nouvelles —  ainsi se créée la bourgeoisie  mais la plupart finissent vagabonds, mercenaires ou brigands. Ceux qui restent deviennent métayers ou serfs.

L'Histoire 
est la résistance à ce changement.

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Monday, November 26, 2018

2.2. FREINER LE GAIN DÈS LE VILLAGE


DANS LA SAVANE SUBSAHARIENNE, DES MUSICIENS APPELÉS « GRIOTS » APPARAISSENT À LA COUR DU MALI AU XIIIe SIÈCLE

À la fois messagers, gardiens de l'histoire orale, conseillers des chefs, animateurs de fêtes et chanteurs de louanges, ils perpétuent la tradition.


                  Photographie de François-Edmond Fortier / zoom

 « Les griots dansent portant sur leurs épaules des fillettes costumées qui exécutent des pantomimes. »

Griots du Kissidougou / zoom


     Des griots accompagnent un chef du Mali /
zoom

Ils portent des instruments de musique pour chanter la gloire du chef qu'ils accompagnent.

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    Zoom
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Aujourd'hui, ils emboîtent le pas au nouveau riche, entonnant des louanges qui virent progressivement à la raillerie sur ses origines serviles, jusqu'à ce qu'il se décide à leur verser le pourboire espéré.
par Massamba Gueye, 2023
 
Ils l'obligent à distribuer des fonds qui auraient pu être investis.  

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Attendre des cadeaux de la part des immigrés
 de retour au village
 et les talonner s'ils ne donnent pas assez : 
C'est la même logique.    

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Sunday, November 18, 2018

2.3. LA DESTRUCTION GRANDIOSE DES RICHESSES



DES DESTRUCTIONS MASSIVES MAINTIENNENT LE STATU QUO : ELLES ÉLIMINENT DES SURPLUS QUI  POURRAIENT 
ÊTRE INVESTIS ET RENFORCENT L'AUTORITÉ POLITIQUE

Exemples :

  • La compétition

Cette production de 1914 a film le match final.

Quand les Kwakiutls, un peuple du Pacifique du Nord, obtiennent vers 1850 des articles par le troc avec les blancs, les clans qui contrôlent ces échanges rivalisent en jetant ces marchandises à la mer. Le gagnant est le clan qui jette le plus. 

La population regarde du rivage. Puis tous font la fête.


Des photos du film, c'est-à-dire du rituel réel. 


Le retour

  • L'ostentation 

    Une armée royale se déplace, tapisserie du XVIe siècle (détail), musée de la Renaissance
Les nobles dispersent leurs revenus en chevaux, en accoutrements et en armes, qu'ils exhibent par des processions autour de personnages importants, notamment le roi. 

On vient de loin pour voir ces cortèges, qui brisent la routine.


  • Disperser les richesses avec panache 

    • Le Roi Arthur « se moque de l'or et de l'argent, et ne considère que l'honneur », dit en émissaire romain après avoir partagé un festin décrit sur une page entière.
 -- La morte d'Arthur

  • Le souverain du Mali au XIVe siècle dépense tant d'or pour son pèlerinage à la Mecque que sa valeur s'écroule pour une décennie, freinant les producteurs émergents. Les populations voient passer l'extraordinaire cortège et bénéficient de la largesse.


L'empereur tient une immense pépite d'or dans cette carte du XIVe siècle / zoom

    • En 1625 lors d'un bal à la cour de France, pour impressionner la reine le duc de Buckingham pousse l'ostentation à son paroxysme : il fait coudre des perles précieuses sur son pourpoint avec des fils si fragiles qu'ils se détachant et joncher le sol. Une manière spectaculaire d'incarner le code du « grand seigneur », qui dépense sans compter.



  • Des funérailles 

Les vikings par Robert Fleisher avec Kirk Douglass, Tony Curtis et Janet Leigh, 1958.
 Considéré ethnographiquement excellent.

Quand meurt un chef viking son corps est placé dans un bateau rempli de trésor, mit en mer et brûlé. La population regarde depuis la rive.




 Le film montre la majesté de la destruction.


  • Des monuments  

           La Grande Pyramide de Giza / zoom

l'Égypte ancienne est restée essentiellement inchangée pour trois mille ans. Imaginez : trois mille. 

Les pharaons neutralisèrent les richesses par des monuments si gigantesques que le terme « pharaonique » s'applique à toute construction qui dépasse les bornes.

 Cette destruction volontaire 
se fait de façons innombrables,
transforme le sens de coutumes et d'événements
et rend compréhensible ce qui semble aberrant.

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Saturday, November 17, 2018

2.4. AÎNÉS, CHEFS ET ROIS : LE DAHOMEY ET LA FRANCE


EN PÉRIODE DE CROISSANCE ÉCONOMIQUE LE POUVOIR SE CENTRALISE POUR CONTRÔLER LES RICHESSES 

L'autorité évolue par étapes : les aînés cèdent d'abord la place aux chefs, puis aux rois. Un exemple de cette sacralité : Des morceaux de l'habit de Louis XVI sont gardés comme des reliques de saints, et des gardes révolutionnaires trempent leurs piques dans son sang.

   -- La Mort du roi, « La Guillotine et l'imaginaire de la Terreur » par Daniel Arasse, 1987, p. 81

 

Les monarchies françaises et dahoméennes tirent leur légitimité  d'un lien sacré avec le divin, qu'ils associent aux ancêtres.

  • Au Dahomey :

Encyclopédie Britannica




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Les investitures des deux royaumes soulignent ce lien de base. 

  • Au Dahomey, le couronnement culmine avec l'exécution de captifs, offerts comme serviteurs aux rois défunts. Le nouveau souverain clore la cérémonie en brandissant le crâne d'un chef ennemi.

Sacre du roi Bâhadou, 1863 / zoom

  • En France, les sacres se déroulent traditionnellement à Reims — à environ 140 kilomètres de Paris —, en utilisant une huile sainte que la légende dit apportée par une colombe du ciel. Ce rituel relie les trois grandes dynasties (les Mérovingiens, les Carolingiens et les Capétiens) au baptême de Clovis, le premier roi chrétien, unifiant ainsi ces lignages successifs autour d'une même légitimité spirituelle. 

     XVe siècle / zoom

  • Les mausolées royaux sont un autre aspect de ce lien.

      Zoom


  • Que tous les rois Bourbon s'appellent « Louis » et tous les chefs de la branche cadette « Philippe » rappelle l'ancêtre choisi (Saint Louis / Philippe de Valois).
 
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Les couronnements mobilisent les populations par des processions et des spectacles où le roi est la vedette : 


Au Dahomey les quatre jours de l'événement incluent douze heures de procession pour exhiber les richesses du roi.
       
         Cavalcade de Louis XV après la sanctification, le 16 octobre  1722 par Pierre-Denis Martin / zoom

En France les populations viennent de toute la région voir passer le roi et la cour et la cavalcade qui suit le couronnement. 

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Les sacres se terminent par un spectacle où le roi est la vedette : 

Vidéo 1930, musée Albert Kahn / zoom 

Au Dahomey « Divers danses, toutes exécutées en style de décapitation par le Roi. Le bruyant ravissement de la foule ne connaissait pas de limites quand le Roi a dansé avec son épée entre les dents. Finalement le Roi a distribué des bouteilles de rhum, un signe qu'il était fatigué. Il avait dansé trente-deux danses.»
-- Burton, p. 221 

         Entrée de Louis XI à Paris par Francis Tattegrain, 1889-90 / zoom

En France, le roi nouvellement couronné fait une entrée spectaculaire à Paris. Jusqu'au début du XVIIe siècle son chemin le joignait aux ancêtres.

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Le lien avec le sacré est annuellement entretenu :

Zoom
Au Dahomey, des captifs moins nombreux sont envoyés vers les rois décédés.
 
Les notables sous les parasols et les danseurs / percussionnistes révèlent le rituel des mises à mort.

Le livre d'heures d'Henri II (vers 1540), détail / zoom

En France, le roi touche les scrofuleux après après avoir communié à Pâques.


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Détruire des richesses fait partie des sacres. 

  • Au Dahomey le rituel finit par la décapitation d'esclaves, le bien le plus coûteux.

        Victimes pour le sacrifice, « The History of Dahomey, an Inland Kingdom of Africa » par Archibald Dalzel, 1793 / zoom

Les captifs sont attachés à des poteaux, mais « le confinement n'était pas cruel : chaque victime avait un attendant debout derrière lui, pour éloigner les mouches ; tous étaient nourris quatre fois par jour, et étaient libérés pour dormir [...]. Ils marquait la cadence de la musique et bavardaient ensemble [...]. C'est l'intention du Roi de les garder dans la meilleure des humeurs » pour qu'ils abordent gaiement leur service futur. 

-- Sir Richard Burton A Mission to Gelele, King of Dahomey, 1864, p. 205. Un récit du royaume proche d'Ashanti mentionne des captifs qui semblent également détendus.


         Combat pour les têtes des sacrifiés,* « Le tour du monde », 1863 / zoom
*Erreur: les têtes étaient réservées au roi.

Burton mentionne un combat violent pour des cadeaux du roi et dit que les blessures et les morts soulignent le soutien.

  • En France,  « Il y avait beaucoup de tués et de morts » dit un chroniqueur du tournament célébrant la naissance d'un dauphin (en 1518).
-- François Ier par Emmanuel Bourassin, 1997, p.75


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Au Dahomey, le sacrifice d'esclaves — la « marchandise » alors la plus coûteuse et la plus prestigieuse — détruisait des richesses qui auraient pu être investies, tout comme le coût des spectacles et des objets d'art, tels que les tapisseries, en France. 

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