Monday, March 26, 2018

4.3.4. MARCHANDS ET TEXTILES ATTEIGNENT LE DJIMINI


LES MARCHANDS DIOULA DE KONG PRÉCÈDENT LES SONINKE ET LES HAOUSSA, ISSUS DU MOYEN NIGER ET DU NIGÉRIA DU NORD ACTUEL 

Voyageant sur de courtes distances, les Dioula disposent de ressources limitées. Ils feront face à la puissance financière et organisationnelle des réseaux soninké et haoussa, solidement ancrés dans les pôles dynamiques de Ségou et de Kano.

Adapté d'une carte Stock

Dioula, 1905


De Saint-Louis à Tripoli par le Chad par le Lt.-Col. P.L. Monteil, 1895/ zoom
Haoussa transportant du kola

« Les indigènes dépensent des larges sommes pour ce luxe, 
qui leur sont aussi nécessaires que le café ou le thé pour nous. 

L'importation de cette noix à Kano, certainement plus de cinq cent charges annuelles, si arrivé sain et sauf au marché — car l'article et très délicat et susceptible de gâcher — est vendu pour 200,000 kurdí, donc de quatre-vingt à cent millions. De cette somme, on peut supposer la moitié payée aux indigènes de la province, l'autre moitié étant du profit. »   
-- Travels and Discoveries in North and Central Africa par Heinrich Barth, 1855, II, p.131.
Trad. et soulignement le mien.

P.120
« Kano, ce panorama glorieux »

La production de textiles dans la ville haoussa de Kano :

P. 129

« Le grand advantage de Kano et que le commerce et la manufacture vont de main à la main, et presque chaque famille y est concerné. Il y a vraiment quelque chose de grand dans cette industrie, qui s'étend aussi loin au nor que Mourzouk, Ghat, et même Tripoli ; à l'ouest, pas seulement à Tombouctou mais dans un certain degré même jusqu'aux côtes de l'Atlantique. » 
-- P. 126.

Des photos de 1910 montrent son importance :

Zoom / première image d'une série 

Quatorzième image


Les Haoussa introduiront le tissage de leur village de Marabadiassa : « Maraba » veut dire « peuple de l'est », c'est-à-dire Haoussa. 

*     *

Les tissus se fabriquent et se transportent facilement, et la demande ne s'arrête jamais. Ce besoin permanent stimule l'innovation pour trouver de nouvelles couleurs et fixateurs, crée des richesses et fait naître de nouveaux métiers, de tisserands, de teinturiers, de couturiers et de brodeurs.* 

*Leur rôle dans le quartier de La Goutte d'Or à Paris est montré ici. 

Quand les textiles apparaissent
la transformation sociale commence.

*      *      * 

Friday, March 23, 2018

4.3.5. DES COMMUNAUTÉS DIRIGÉES PAR DES AÎNÉS


AU DJIMINI LES MARCHANDS DÉCOUVRENT LES SÉNOUFO, QUI S'ÉTENDENT SUR UNE GRANDE PARTIE DE LA SAVANE DE L'OUEST 

Langue sénoufo  / zoom

Agriculteurs de subsistance, leur système social est basé sur la possession de la terre en commun et sur des lineages, que les aînés dominent. 

Photos du web, photographes généralement non nommés. 
D'autres, images se trouvent ici et ici

Irene Becker

.


Video (Pinterest) / zoom

 

Une telle organisation est totalement contraire 
à la recherche individuelle du gain.

*      *      *
Suite, 




Thursday, March 22, 2018

4.3.6. UNE MONNAIE DIVISIBLE BOULEVERSE CETTE SOCIÉTÉ


VERS 1780-1850 LES CAURIS VENUS D'ASIE S'ÉTENDENT À TRAVERS L'AFRIQUE DE L'OUEST

Petites, légères et indéfiniment divisibles, ils permettent à tous de commercer, ce qui menace le contrôle des autorités.



  • Les dirigeants peuvent expulser les marchands qui tentent de les imposer. En Oyo (au Nigéria) et Ashanti (au Ghana), leur introduction vers 1800 et le bannissement des Hausa coïncident. Pour Macina (au Mali), Heinrich Barth dit explicitement que l'introduction des cauris suit le renversement de l'ancienne noblesse. 
--  Travels and Discoveries in North and Central Africa par Heinrich Barth, ed.1865, III, p. 368.

  • En Ashanti, les Haoussa sont chassés parce qu'ils « ne savaient pas se servir des poids à peser de l'or. Alors les Ashanti ont dit, "si vous ne voulez pas apprendre à vous en servir, vous pouvez partir." »
-- Atta Kwadwo, Gardien du siège royal, Kumasi 

Les Hausa commercent avec les Ashanti depuis un demi-siècle et évidemment savent utiliser les poids. Mais ceux du rois sont un tiers plus lourds que ceux de ses sujets.

*    *

On trouve rarement ces informations dans les récits des explorateurs, car ils ne comprennent pas son importance. On saisit le lien en joignant différentes parties de leur narrations, et en comparant des relations pour la même région à divers époques. 

En 1973 il était encore possible
  de saisir des échos de cette lutte au Djimini. 

Wednesday, March 21, 2018

4.3.7. LE DJIMINI MONTRE LA LUTTE DE PRÈS


SES SOUVENIRS ILLUSTRENT UNE HISTOIRE UNIVERSELLE   

Les paroles les plus significatives des interlocuteurs sont en italiques. 
 

        Carte de ma thèse de doctorat

Les villages des souvenirs sont toutes sur la voie de commerce.

Avant-propos

Entre 1700 et 1740, des marchands arrivent de Kong. Leurs richesses renforcent le pouvoir des aînés, qui s'en servent pour contrôler les amendes et les dots. Lorsque le nombre de marchands augmente, l'autorité sénoufo devient plus ferme. Au village de Kondougou, situé sur la route commerciale, un chef finit par remplacer les aînés : Ses épouses cultivent les vivres pour approvisionner les nouveaux venus, tandis que ses fils récoltent les noix de kola dans la forêt.

*    *

Un conflit se déclenche. Vers 1830-1840 ?* 

*Le temps paysan se rythme par les saisons. Sauf lorsqu'un événement marquant — comme l'arrivée des marchands ou la conquête de Samori — permet de le dater, le moment des faits échappe souvent à la mémoire des narrateurs.
Néanmoins, un document des archives nationales du Sénégal (situées à Dakar) indique que Nambolossé, le fils de Gnapon, a été tué en 1878 alors qu'il était déjà « trop vieux pour combattre ». Par déduction, la victoire de Gnapon se place donc à une époque antérieure, lorsqu'il était encore jeune et vigoureux.


Le chef de Kondodougou, Tofanga, est capturé. Ses opposants emmènent prisonnier dans leur village. Mais il a un ami, le guerrier Gnapon. Gnapon se cache dans la forêt et indique sa présence par un chant païen, auquel Tofanga répond. 

  •  Le chant « païen » révèle un conflit entre musulmans et animistes.   

L'ennemi et la cause du conflit sont oubliés. Mais bien que les détails de l'histoire changent de village en village, tous mentionnent l
e chant « païen ». Ce terme n'a de sens que si le village est musulman, c'est-à-dire commerçant : le conflit est donc entre marchands et Sénoufo, et sa raison ne peut être qu'économique. 

  • Cette cause doit être que Tofanga rejette les cauris.     

Les interlocuteurs ne connaissaient ni la raison du combat ni la date d'introduction de cette monnaie. Ils disaient seulement que c'était avant l'arrivée de Samori, en 1894 (à suivre). L'horreur de cette conquête peut expliquer cet oubli. Mes informateurs tenaient leurs récits de leurs parents, pour qui le passé avant sa venue importait peu. Mais puisqu'un marché a besoin d'une monnaie, et que le premier marché apparaît à cette époque (comme indiqué ci-dessous), on peut supposer que les cauris sont la cause de la lutte.

Gnapon hurle et les villageois sortent pour voir se qui se passe. Tofanga s'échappe. Il dit à Gnapon qu'il pourrait lui offrir une femme [la récompense habituelle], « mais une femme pourrait venir entre nous ». Il préfère lui céder le pouvoir.

Ici aussi, les mots sont toujours les mêmes : « mais une femme pourrait venir entre nous. » Tofanga, vaincu, n'a pas de pouvoir à céder, mais souligner l'aspect volontaire de l'abandon montre que la population approuve l'autorité plus musclée.

L'emprise de Gnapon s'étend sur quatorze villages et le sien, Bokhala, devient un marché. Un marabout le renforce par ses prières. 

Comme tous les musulmans de la région à cette époque, le marabout est un marchand. Il vend des perles et d'autres articles de peu de valeur, donc est Dioula, petit commerçant. Les Soninke et les Hausa n'ont pas encore d'importance. 


Gnapon procure aux Dioula une monnaie divisible ainsi qu'un chef capable de les protéger contre les Sénoufo. Ces derniers, hostiles aux changements introduits, font peser sur eux la menace de boycotts, de vols, de fermetures de routes et d'embuscades. Pour ces paysans, un tel chef maîtrise les chercheurs de gain, prévenant ainsi — du moins l'espèrent-ils — un bouleversement plus profond.

*     *

Les Hausa sont expulsés de certains royaumes et des mouvements millénaires s'étendent à cette époque. Le bouleversement au Djimini fait partie d'une transformation plus vaste. 

*     *

Le caractère premier et l'obscurité de la region
laisse rien distraire d'un conflit qui explose
dans la savane entière.

Fin de cette section.

*     *     *

La prochaine section,