Saturday, June 30, 2018

IV. REVISITER LE PASSÉ AFRICAIN

 

ON SUPPOSE INSTINCTIVEMENT QUE LES BLANCS LE DOMINE

Cette œuvre, par exemple, montre des esclaves du Dahomey conduits vers un acheteur blanc. Omis, la décapitation rituelle d'esclaves et les trois cent sacrifiés pour que des producteurs locaux ne les achètent pas.

     La Traite atlantique vue par un artiste africain, palais d'Abomey à Bénin, 2022 / zoom

Si vous cliquez "image de des traites africaines" (remarquez le pluriel) sur le web, vous trouverez d'innombrables illustrations de la traite atlantique, quelques-unes concernant celle avec l'Afrique du Nord, mais sauf pour des fils de captifs qui pourraient aller n'importe où, presque aucune concerne l'esclavage en Afrique elle-même. 

Même des illustrations de la traite africaine soulignent les blancs : 


     The Slave Trade par Auguste François Biard, 1840 / zoom
Un captif occupe le centre, mais la lumière éclaire des blancs :  un docteur, le maître, un homme marquant une femme au fer et un spectateur le dos tourné. Seule une jeune femme au sein nu est vue clairement, suggestion d'éroticisme.  

L'histoire écrite épouse le même point de vue. Cette carte de 2001 titrée « Les grands secteurs de traite » ne montre que la côte atlantique, omettant l'Afrique du Nord et les marchés locaux. 

Zoom 
  • Même quand les marchés nord-africains sont mentionnés, les marchés locaux ne le sont pas : les raids « fournissaient non seulement la traite trans-atlantique mais aussi les marchands de la Tunisie, du Maroc et d'ailleurs » (gras ajouté).
-- Introduction par Paul Lovejoy, 
« Hugh Clapperton et l'intérieur d'Afrique,
documents d'une deuxième expédition, 1825-1827 », 2005.

  •  « Elle (la traite atlantique) est celle qui de toute évidence, peut le mieux rendre compte de la situation actuelle de l’Afrique, dans la mesure où en sont issus la fragilisation durable du continent, sa colonisation par l’impérialisme européen du XIXe siècle, et a engendré le racisme et le mépris dont les Africains souffre toujours. »  
-- La Dimension africaine de la traite des noirs par M. Bokolo, 1998 
 "Le Monde diplomatique:" / zoom

Les explications économiques du passé africain montrent la même myopie...

  •  « Le déclin » suit une époque de grandeur quand des empires s'étendaient au long d'une grande partie de la savane. Ses causes sont européennes : la chute du prix de l'or due à l'inondation de celui des Ameriques par l'Espagne et surtout la perte de population, la dévastation et l'insécurité suite à la traite atlantique.  
  • Des poches de « stabilité », ou d'immuabilité : si les blancs ne provoquent pas le changement, il n'y en a pas. 

...et les liens avec l'Occident détermine les sujets généralement choisis :

  • La conquête coloniale ou sa résistance, la traite atlantique et les échanges avec le monde extérieur. 
  • Des états ou des populations qui lui sont relativement familiers. Il y a beaucoup plus d'études sur les regions forestières de l'Afrique de l'Ouest que sur la savane, où les européens n'allaient peu. Aussi, la plupart des chercheurs africains se concentrent sur leurs régions d'origine, qui à cause de l'implantation occidentale sont généralement côtières. 

Plutôt que de voir l'Afrique comme savane et forêt, nous séparons « l'Afrique de l'Ouest » et le traitons comme un tout. À cause de la poussée sur nos cartes ? 

Carte du web (disparue), utilisée sur ces pages pour sa clarté.
La savane est la bande vert claire.

# # #

Examiner les données économiques pour savane entière du Moyen Âge à la conquête coloniale montre, au contraire, une croissance graduelle qui au cours des années 1800 devient explosive.  

Travels and Discoveries in North and Central Africa: being a Journal of an Expedition undertaken under the Auspices of H.B.M.'s Government, in the Years 1849–1855 par Heinrich Barth, 1855. 

Les récits d'explorateurs, source essentielle.  

Surtout quand à la fin de la traite atlantique affaiblit les royaumes qui en dépendent, permettant des producteurs jusque-là contenus les balayer, et d'établir des états puissants basée sur la production d'esclaves pour des marchés en expansion. 

Ce début conduit à revoir l'histoire africaine 
 et à des comparaisons avec la France qui montrent
 comment les mêmes causes mènent aux mêmes effets. 

Fin de cette introduction.

*     *     * 

Suite,
IV.1.


Friday, June 29, 2018

IV.1. LE CHOIX D'UN ARRIERE-PAYS

 ,

LE CHANGEMENT DANS UNE REGION RECULEE MONTRERAIT UNE EVOLUTION PLUS LARGE...

sans facteurs secondaires pour brouiller les cartes. 

Mon doctorat en histoire africaine exigeait du travail sur le terrain. Quand l'Universite d'Abidjan m'a offert l'hébergement et le soutien du Ministre de l'Intérieur en échange d'enseigner un cours de trois mois, j'ai accepté avec joie.  

Les informations économiques trouvées dans les récits économiques et les narrations d'explorateurs montraient une croissance économique. 

Cette avis confrontaient les partis pris acceptés, de déclin ou de stabilité. Pour le prouver j'ai choisi une région obscure et sans caractère particulier ou le changement, s'il y en avait, serait nécessairement lié à une evolution plus vaste.  

Ayant consulté les archives d'Abidjan pendant mes trois mois d'enseignement, j'ai choisi le Djimini, une région de la savane au bord de forêt...

   Adapté du plan Google mentionné ci-dessus.

La bande vert claire est la savane.

...et suis allée à Dabakala, qui sauf pour un centre musulman beaucoup plus petit était la seule ville de la région.   



Il n'y avait pas d'hôtels 
et je m'attendai à rester dans un gite d'étape...

qui abritait deux ou trois voyageurs masculins et une prostituée qui portaient des immenses boucles d'oreille et une longue robe rouge. Je lui ai confié mon sac et portant un grand chapeau contre le soleil, ai marché trois kilomètres sur une route poussiéreuse et vide, pour découvrir une longue maison moderne qui faisait penser à un palais.  

J'ai frappé à la porte et un serviteur est apparu. J'ai dit que je voulais voir le sous-préfet. « Il dort », le serviteur a dit. « J'attendrai », j'ai répondu, « s'il vous plait ne le réveillez pas ». 

Mais il l'a fait.

Un homme grand, beau, très noir portant une toge de wax très colorée est arrivé. Il bailla et frotta ses yeux parce qu'il venait de se réveiller, ou parce qu'étonné. Des coopérants français traversaient la région occasionnellement, mais des femmes blanches, jamais.  

J'étais aussi étonnée que lui, et ai dit que j'avais demandé au serviteur de ne pas le réveiller, et étais très, très désolée qu'il l'ai fait. Comme cela sa voit par ma confrontation avec le doyen, je n'étais pas toujours diplomatique. Mais mon embarras était réel et reconnaissait son autorité. Exceptionnellement, j'ai dit ce qu'il fallait. 

J'ai expliqué que je venais pour faire une recherche sur l'histoire de la région, que j'espérai qu'il m'aiderait et lui ai tendu la lettre du Ministre. Il l'a regardé, me regarda de nouveau, et dit, « Je le ferai. Vous pouvez rester ici avec moi et ma famille autant que vous voudrez. »

J'y suis restée deux fois pour six semaines et me souviens de sa femme belle et turbulente, de ses deux petits garçons « légitimes » et de ses treize autres enfants qui, revenus de l'école, étaient assis avec un comportement parfait autour d'une grande table à faire leurs devoirs. 

Mais surtout je me souviens de l'aide que Ernest Texier m'ait donné, faisant venir des hommes de villages distants pour que leur questionne sur le passé, organisant plusieurs rencontres avec un chef de village paralysé ou demandant à un groupe d'aînés de quitter leurs champs pour me parler. 

Il m'a aussi fait voir un document d'archive : 
À suivre.

*    *    *
Suite,




Thursday, June 28, 2018

IV.2. CYCLES, VIOLENCE ET AUTORITÉ NOUVELLE


4.2. CYCLES DE CROISSANCE & VIOLENCE

SEULS DES ARTICLES DE LUXE SUPPORTENT LE COÛT DU TRANSPORT, ET LE COMMERCE COMMENCE PAR LEUR ÉCHANGE ENTRE ÉLITES

Au delà du plaisir de les posséder, les autorités les utilisent pour renforcer leur contrôle. 
-- Comme l'a expliqué le regretté anthropologue Claude Meillassoux 

Une Caravan approche une ville dans le vaste desert du Sahara, « Stanley and the White Heroes of Africa » par  H.B. Scammel, 1890 / zoom

Les marchands et leurs entourages ont besoin d'approvisionnement, d'animaux, d'outres, de cordes, de sandales, etc. L'agriculture et l'artisanat se développent. Les transactions de départ deviennent secondaires.

Une élite nouvelle émerge, défie l'ancienne, la violence éclate et les hommes nouveaux prennent le pouvoir.  

Les pages qui suivent révèlent ces cycles
en Afrique précoloniale. 

*     *     *

En bref