Thursday, June 28, 2018

4.2. LE CHOIX D'UN ARRIERE-PAYS

 ,

POUR SOULIGNER CETTE CROISSANCE ÉCONOMIQUE, J'AI CHOISI UNE RÉGION RECULÉE OÙ LES CHANGEMENTS SERAIENT INCONCEVABLES SANS UNE TRANSFORMATION PLUS VASTE

Lorsque l'Université d'Abidjan m'a offert l'hébergement et le soutien du ministre de l'Intérieur en échange de trois mois d'enseignement, j'ai accepté avec joie. Ayant consulté les archives d'Abidjan pendant les mois de cours, j'ai choisi le Djimini, une région de la savane au bord de la forêt.

   Adapté du plan Google mentionné ci-dessus.


Il n'y avait pas d'hôtels 
et je m'attendai à rester dans un gite d'étape...

qui abritait deux ou trois voyageurs masculins et une prostituée qui portait d'immenses boucles d'oreilles et une longue robe rouge. Lui ayant confié mon sac et ayant mis un grand chapeau contre le soleil, j'ai marché trois kilomètres sur une route poussiéreuse et vide pour découvrir une longue maison moderne qui rappelait un palais.

 J'ai frappé à la porte et un serviteur est apparu. J'ai dit que je voulais voir le sous-préfet. « Il dort », dit le serviteur. « J'attendrai », répondis-je, « s'il vous plaît, ne le réveillez pas. » 

Il l'a réveillé. Un homme grand, très noir, portant une toge en wax coloré est arrivé. Il bâilla et se frotta les yeux, ou parce qu'il venait de se réveiller, ou par étonnement. Des coopérants français traversaient la région occasionnellement, mais des femmes blanches, jamais.

Tout comme lui, j'étais stupéfaite. Je lui ai expliqué que j'avais demandé au serviteur de ne pas le réveiller, en ajoutant que j'étais sincèrement désolée qu'il l'ait fait. Ma confrontation avec le doyen prouve bien que je ne savais pas toujours faire preuve de diplomatie, mais mon embarras, lui, était tout à fait réel et pour une fois, j'ai trouvé les mots justes. 

J'ai expliqué que je venais faire des recherches sur l'histoire de la région, j'ai exprimé l'espoir qu'il accepte de m'aider et je lui ai tendu la lettre du Ministre. Il l'a parcourue du regard, m'a dévisagée de nouveau, puis a déclaré : « Je le ferai. Vous pouvez loger ici, avec ma famille et moi, aussi longtemps que vous le souhaiterez. » 

J'y ai séjourné à deux reprises, pour des périodes de six semaines. Je garde un souvenir net de son épouse, une femme magnifique et pleine de vie, de ses deux petits garçons « légitimes » et de ses treize autres enfants nés de mères différentes. De retour de l'école, ces derniers s'installaient sagement autour de la table pour faire leurs devoirs, dans un calme parfait. 

Plus que tout, je me souviens du soutien précieux d'Ernest Texier. Il a fait venir des hommes de villages éloignés pour que je puisse les interroger sur le passé, a organisé plusieurs rencontres avec un chef de village paralysé, et a même exigé d'un groupe d'aînés qu'ils quittent leurs champs pour venir me parler.


Il m'a aussi fait voir un document d'archive.
À suivre.

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Sources principales hors les chroniques et récits d'explorateurs:

ANCI (Archives nationales Côte d'Ivoire) XIV-45- 6/13, 1904, en particulier notamment Essai historique sur la région de Séguéla et Formation historique et ethnique des provinces qui constituent le district.

Principaux informateurs au Djimini, en décembre 1972 et avril 1975 : Bafétiqui Coulibaly, imam de Dabakalakoro ; Adama Coulibaly, forgeron de Dabakala ; Massawa Wattara, vielle dame de Dabakala ; Pierre Billon, commerçant français établit à Dabakala depuis 1926 ; Tanguan Wattara, chef de canton de Kafoudougou, assisté de Fadouga Coulibaly et Piseridja Tagbano Bamburaso ; Gbanon Koulibali, cultivateur de Litiara ; Yogofose Coulibaly, chef de Foubolo, assiste de Yamboro Coulibaly, Djaharigja Wattara, Petho Wattara et Kigbini Wattara, cultivateurs ; Bakari Coulibali, imam de Darhala.

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Suite,




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