Saturday, June 30, 2018

IV. LE PASSÉ AFRICAIN REVISITÉ


UNE APPROCHE ÉCONOMIQUE CHANGE NOTRE PERCEPTION DU PASSÉ AFRICAIN  

On croit évident que la traite atlantique apporta la dépopulation, la dévastation, l'insécurité et donc le « déclin », ou, dans des endroits prospères, la « stabilité ». Mais si on examine les données économiques pour la savane, du Moyen Âge jusqu'en 1900 environ pour la région entière, on arrive à une conclusion contraire : la croissance était constante et, après 1850 environ, explosive. 

La traite atlantique n'a donc pas eu d'effet dévastateur sur les économies africaines. La capture d'esclaves a surtout affecté des sociétés basées sur l'agriculture de subsistance qui ne faisaient pas partie des systèmes commerciaux, que les razzias n'ont donc pas touchées. En transformant des terres en plantations produisant des céréales ou du coton grâce à des captifs, elles pouvaient même encourager la croissance économique, surtout dans la deuxième partie du siècle.

La traite atlantique a eu un effet négatif d'un autre genre sur le développement, en créant ou en renforçant des royaumes qui faisaient obstacle aux forces commerciales indépendantes. Sa fin, qui eut lieu avec des hauts et des bas du début du XIXe siècle jusqu'aux années 1870, a affaibli ces États. Les hommes nouveaux — marchands ou producteurs devenus chefs guerriers, soutenus par des foules désorientées par les changements économiques — les ont balayés. Ils les ont remplacés par des théocraties dont la base était le travail intensif d'esclaves pour la production de denrées vendues sur des marchés en pleine expansion.

Les razzias sont devenues beaucoup plus nombreuses, vastes et violentes qu'autrefois, car leur but n'était plus de garantir la stabilité, mais d'accroître les gains. De telles sociétés rendaient le contrôle économique étranger impossible. C'est la raison pour laquelle le premier acte des Européens, une fois leur contrôle militaire sécurisé, a été d'émanciper les esclaves — c'est-à-dire d'éliminer la force de travail. La domination économique occidentale s'est alors installée. Les producteurs ont dû travailler les champs eux-mêmes. Leurs descendants le font toujours.

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Les archives omettent les razzieurs que les Français ne combattent pas, et les historiens évitent un sujet qui montre des Noirs aussi féroces que les Blancs et qui tourne les projecteurs vers leurs opposants fervents, cruels — et dynamiques.
 

Samori, le guerrier intrépide / zoom
Les nombreuses vidéos sur ce personnage célèbre suivent les historiens, africains ou occidentaux, qui parlent exclusivement de sa résistance militaire aux Français.  Elles efface ses razzias et l'importance du travail captif.. 

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