Friday, August 31, 2018

III. 2. LA GUERRE RITUALISÉE, UN AUTRE FREIN À LA CROISSANCE


GUERROYER DRAINE LE SURPLUS PAYSAN ET LA RICHESSE DES ROIS ET DES NOBLES

Cela explique l'insistance sur la guerre des sociétés précapitalistes, mais son fonctionnement limitait la destruction en pratique.


The Book of Tournaments of René d'Anjou, 15th century, zoom
Trappings force knights to divert income and lessen contests' deadliness by causing horses to stumble and riders to fall. There are fewer images for Africa, but the practice works in the same way.

Le livre de tournois de René d'Anjou, XVe siècle 
Les  accoutrements obligent de grosses dépenses et font trébucher les chevaux.

*      *      *

Suite,

Saturday, August 25, 2018

3.2.1. LES RAZZIAS AFRICAINES, UNE VIOLENCE MAÎTRISÉE


Cette page résume la description des guerres dans Aubin, pp. 487-90

BIEN PLUS COURANT QUE LES GUERRES ENTRE ÉTATS ÉTAIENT LES RAZZIAS ANNUELLES EN SAISONS SÈCHES 

Mais elles saisissaient que ce que l'élite pouvaient utiliser, puisqu'un surplus devraient être entretenu ou vendu. Leur achat permettraient à des producteurs d'augmenter leur force de travail, leur production, leurs ventes et leur menaces (ce qui s'est fait : continuez).  
 
  • Les captifs étaient surtout des femmes et des enfants :


          Dans le Mali actuel,1892 / zoom
      Des dessins montrent surtout des femmes, celui-ci avec un enfant en arrière-plan.

  • L'armée du Bornou (au Nigéria du nord-est) tuait des prisonniers mâles en leur coupant une jambe. Une violence pour unir les vainqueurs ?  
-- L'explorateur Heinrich Barth, qui accompagna l'expédition,
mentionne cette tuerie mais ne la commente pas.
Narrative of a voyage in North and Central Africa, 1855, II, pp. 324-86.

Les captures étaient freinées par... 

  • Les foules qui accompagnaient les armées. Dans toute la savane entre le Niger et l'Éthiopie, elles empêchaient le mouvement rapide et les manœuvres mais renforçaient le système : les campements représentaient le palais, la capitale et le royaume, ou bien la tête, les mains et les pieds du roi.   
 -- Aubin, p. 487. D'autres références, p. 198.

Marshal Bugeaud pendant la conquête d'Algérie par Horace Vernet, 1846 / zoom
L'arrière-plan de tentes d'Abd-el-Kader ressemble à l'hiérarchie mentionnée pour la savane africaine (je n'ai pas trouvé des images de camps africains).

  •  Des attaques de villages d'un côté seulement, ce qui permettait la fuite et épargnait les récoltes (au Cayor, Sénégal).
 -- De la Sénégambie français par F. Carrère et P. Jolle, 1855, p. 70.


    •  Les Ashanti (au Ghana) considéraient qu'un jour sur trois propice au combat. Ils ont arrêté une marche qui menaçait les Anglais pour ne pas guerroyer un jour défavorable.
     -- La captivité dans le royaume abron du Gyuman par Emmanuel Terray, 
    « L'esclavage en Afrique pré-coloniale », ed. Claude Meillassoux, 1975, p. 325.

    • En Sénégambie les adversaires avançaient « dans une sorte de parade », tirant et se retirant à tour de rôle.
    -- Carrere et Jolle, p.7.

    • Les chevaux étaient pas utilisés pour le prestige et le spectacle, pour des exploits individuels, pour dominer les combattants à pied  — et pour fuir.

    Instagram, Presenta Barman

    Quand la victoire importaient ils pouvaient combattre à pied. Les Galla (en Éthiopie), commandés de descendre de leurs montures, ont « combattu désespérément pour leur vie » et l'ont emporté ; les Mossi (au Burkina Faso) sont arrivés au champ de bataille montés sur des ânes (trois guerriers par âne), sont descendus et ont gagné. 
    -- Galla, Voyages pour découvrir la source du Nil par James Bruce,1791, III, p.233.
    Mossi, Archives de Dakar, 1892, I, p.89.
    Autres exemples : Aubin, 486, n. 197.

    • Les balles des mousquets fabriqué à Birmingham à la demande africaine ne pénétraient pas les boucliers en bois, ou même les uniformes européens : un officier n'est que renversé par une balle tirée à vingt mètres. Il serait plus utile de jeter des pierres que de tirer, a écrit Heinrich Barth.
    -- Bouclier, uniforme : Voyage en Afrique occidentale by A. Raffenel, 1846, I, 28
         -- Pierres : Barth, 1865  II, 393.  
    Ces commentaires sont typiques  pour l'ensemble de Afrique de l'ouest vers 1850 :
    Aubin 487-9, n. 195-199

    •  Comme les chevaux, on pouvait abandonner ces armes à feu quand la victoire comptait vraiment : les troupes d'Oyo (au Nigéria) vainquirent ceux d'Ibadan en jetant les armes à feu et en chargeant avec des sabres. 

                                                                          -- Samuel Johnson, Histoire des Yoruba, 1924, p. 24.
     
    • Un dandy et un agriculteur portent des mousquets comme accessoires : 

       
    Voyage au Soudan français (Haut-Niger et pays de Ségou en 1879-81) par le Commandant Galliéni, 1885

    • Pour l'efficacité on utilisait les moyens traditionnels : un chasseur tirait cinq flèches si rapidement et avec une telle précision que plusieurs semblaient atteindre la cible en même temps.
     -- H. Héquard dans la Revue coloniale, 1852, 2e série, IX, 342

    YouTube / zoom 

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    Le spectacle des campagnes renforçaient les rois... 
    Zoom
    Roi des Mossi avec sa cavalerie, 1892


    Cortège à Bauchi, en Nigéria du Nord

    ...et les fusils ajoutaient au fracas des fêtes...

     



    Second Visit to Discover the Sources of the Nile par John Speke, Londres, 1864

    Le Commandant Gallieni

     

    ...en limitant les prises. 

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    Les razzias ne devaient pas trop bien réussir :
     « Nous voulons que vous garder dans votre coin »,
    --Guerriers nobles à des producteurs pour le commerce en Mauritanie vers 1780,
     M. Lamiral, L'Afrique et le peuple africain, 1789, 85

    *    *    *
    Suite,




    Thursday, August 23, 2018

    3.2.2. EN EUROPE, DES GUERRES AUX LIMITES COMPARABLES


    LÀ AUSSI LA VIOLENCE DÉTRUIT UNE PARTIE DU SURPLUS PAYSAN ET RENFORCEN L'HIÉRARCHIE 

    La chasse, réservée au nobles, limite la production commerciale en écrasant une partie des récoltes... 


    Le grand plaisir du comte Geoffroi est la chasse. En poursuivant le gibier, il saccage les récoltes des paysans.  

    ...et la guerre, qu'ils dominent, dispersent leurs propres ressources en chevaux et spectacle. Ensuite ils festoient ensemble et se marient.

     -- Manuel scolaire des années 1950

    La grande occupation de Geoffrey, Comte d'Anjou, est la guerre. Il se bat souvent avec des seigneurs voisins. 

    Cette violence contrôlée encourage la permanence. 

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    Comme en Afrique des foules entravent le mouvement de l'armée en soulignant le roi : 

    • Ici des bourgeois prospères sont présents et le personnage en noir est une femme :

    Tapisserie (détail), musée de ka Renaissance / Claude Abron

    • Des civiles n'accompagnent pas les campaigns, qui ne sont pas des razzias sans dangers pour les attaqueurs mais des combats réels. Mais la cour entoure Louis XIV quand il visite des villes conquises (en 1667 et 1672).
     
                L'Entrée royale de Louis XIV et de Marie-Thérèse à Arras en 1667 par Adam van der Meulen, vers 1685 / zoom

    Remarquez la population et les chevaux blancs du roi et de la reine.

    • L'organisation des cortèges souligne l'hiérarchie comme en Afrique  la dépense en plus, que les brèves descriptions pour l'Afrique ne mentionnent pas mais que le spectacle des déplacements indiquent implicitement :

    Le roi, qui fit ses voyages de guerre à cheval, fit celui-ci, pour la première fois, en carrosse [...]. La reine, Madame, sa belle-soeur, la marquise de Montespan, étaient dans cet équipage superbe, suivi de bcp d'autres ; [...] le dauphin arriva ensuite avec sa cour, Mademoiselle avec la sienne  [...]. On faisait porter dans les villes où l'on couchait les plus beaux meubles de la couronne. 

    On trouvait dans chaque ville un bas masqué ou paré, ou des feux d'artifice. Toute la maison de guerre accompagnait le roi et toute la maison de service précédait ou suivait. Les table étaient tenues comme à Saint-Germain. La cour visita dans cette pompe toutes les villes conquises. Les principales dames de Bruxelles, de Gand, venaient voir cette magnificence ; le roi les invitaient à sa table ; il leur faisait des présents pleins de galanterie. Tous les officiers des troupes en garnison recevaient des gratifications. Il en couta plusieurs fois quinze cent louis d'or par jour en libéralités. 

    -- Le Siècle de Louis XIV par Voltaire, ed. 2015, p. 436.


    • Quand Louise de la Vallière, la favorite que la roi abandonne, le rejoint bien que pas invitée et se lance vers lui à cheval, il lui crie furieusement, « Quoi ! Vous précédez la reine ! »

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    Les combats s'arrêtent les jours saints, un jour sur trois (pour les Ashanti, deux jours sur trois). Attaquer Paris un jour saint est  une des raisons pour condamner Jeanne d'Arc.  

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    Les chevaux ont le même usage qu'en Afrique. Ils ajoutent au spectacle, permettent des exploits, laissent les nobles survoler les roturiers, qui sont beaucoup plus souvent blessés ou tués : 

    Bataille de Montecatini, Toscane, 1315 / zoom


    Là aussi ils servent à la fuite et là aussi, pour la victoire les cavaliers se battent à pied (comme les Galla et les Mossi).
          -- Ainsi des chevaliers anglais du XIIe siècle vainquent leurs adversaires stupéfiés :
    The Pillars of the Earth, roman historique par Ken Follett, 1989

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    Des armes pour le spectacle : équipement du XVIe siècle au Louvre 

    Bouclier de Charles IX, brodé d'or 




    Comme les danses martiales en Afrique
    les chroniques, les récits et les arts 
    glorifient une violence qui
    — sauf pour les guerres fanatiques 
    du XVIe siècle  
    était (informellement) muselée en pratique.