Wednesday, March 21, 2018

4.3.7. LE DJIMINI MONTRE LA LUTTE DE PRÈS


SES SOUVENIRS ILLUSTRENT UNE HISTOIRE UNIVERSELLE   

Les paroles les plus significatives des interlocuteurs sont en italiques. 
 

        Carte de ma thèse de doctorat

Les villages des souvenirs sont toutes sur la voie de commerce.

Avant-propos

Entre 1700 et 1740, des marchands arrivent de Kong. Leurs richesses renforcent le pouvoir des aînés, qui s'en servent pour contrôler les amendes et les dots. Lorsque le nombre de marchands augmente, l'autorité sénoufo devient plus ferme. Au village de Kondougou, situé sur la route commerciale, un chef finit par remplacer les aînés : Ses épouses cultivent les vivres pour approvisionner les nouveaux venus, tandis que ses fils récoltent les noix de kola dans la forêt.

*    *

Un conflit se déclenche. Vers 1830-1840 ?* 

*Le temps paysan se rythme par les saisons. Sauf lorsqu'un événement marquant — comme l'arrivée des marchands ou la conquête de Samori — permet de le dater, le moment des faits échappe souvent à la mémoire des narrateurs.
Néanmoins, un document des archives nationales du Sénégal (situées à Dakar) indique que Nambolossé, le fils de Gnapon, a été tué en 1878 alors qu'il était déjà « trop vieux pour combattre ». Par déduction, la victoire de Gnapon se place donc à une époque antérieure, lorsqu'il était encore jeune et vigoureux.


Le chef de Kondodougou, Tofanga, est capturé. Ses opposants emmènent prisonnier dans leur village. Mais il a un ami, le guerrier Gnapon. Gnapon se cache dans la forêt et indique sa présence par un chant païen, auquel Tofanga répond. 

  •  Le chant « païen » révèle un conflit entre musulmans et animistes.   

L'ennemi et la cause du conflit sont oubliés. Mais bien que les détails de l'histoire changent de village en village, tous mentionnent l
e chant « païen ». Ce terme n'a de sens que si le village est musulman, c'est-à-dire commerçant : le conflit est donc entre marchands et Sénoufo, et sa raison ne peut être qu'économique. 

  • Cette cause doit être que Tofanga rejette les cauris.     

Les interlocuteurs ne connaissaient ni la raison du combat ni la date d'introduction de cette monnaie. Ils disaient seulement que c'était avant l'arrivée de Samori, en 1894 (à suivre). L'horreur de cette conquête peut expliquer cet oubli. Mes informateurs tenaient leurs récits de leurs parents, pour qui le passé avant sa venue importait peu. Mais puisqu'un marché a besoin d'une monnaie, et que le premier marché apparaît à cette époque (comme indiqué ci-dessous), on peut supposer que les cauris sont la cause de la lutte.

Gnapon hurle et les villageois sortent pour voir se qui se passe. Tofanga s'échappe. Il dit à Gnapon qu'il pourrait lui offrir une femme [la récompense habituelle], « mais une femme pourrait venir entre nous ». Il préfère lui céder le pouvoir.

Ici aussi, les mots sont toujours les mêmes : « mais une femme pourrait venir entre nous. » Tofanga, vaincu, n'a pas de pouvoir à céder, mais souligner l'aspect volontaire de l'abandon montre que la population approuve l'autorité plus musclée.

L'emprise de Gnapon s'étend sur quatorze villages et le sien, Bokhala, devient un marché. Un marabout le renforce par ses prières. 

Comme tous les musulmans de la région à cette époque, le marabout est un marchand. Il vend des perles et d'autres articles de peu de valeur, donc est Dioula, petit commerçant. Les Soninke et les Hausa n'ont pas encore d'importance. 


Gnapon procure aux Dioula une monnaie divisible ainsi qu'un chef capable de les protéger contre les Sénoufo. Ces derniers, hostiles aux changements introduits, font peser sur eux la menace de boycotts, de vols, de fermetures de routes et d'embuscades. Pour ces paysans, un tel chef maîtrise les chercheurs de gain, prévenant ainsi — du moins l'espèrent-ils — un bouleversement plus profond.

*     *

Les Hausa sont expulsés de certains royaumes et des mouvements millénaires s'étendent à cette époque. Le bouleversement au Djimini fait partie d'une transformation plus vaste. 

*     *

Le caractère premier et l'obscurité de la region
laisse rien distraire d'un conflit qui explose
dans la savane entière.

Fin de cette section.

*     *     *

La prochaine section,




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