Wednesday, January 25, 2017

4.4.3. « PARTOUT LES PETITS MONTRENT LEURS DENTS À LEURS MAÎTRES » (Archives de Dakar, 1857)


Cette page et la prochaine résument Aubin, pp. 457-94.

EN 1852, UN MOUVEMENT PRÉCOCE ÉCLATE AU FUTA TORO, LA PLAINE ALLUVIALE DU FLEUVE SÉNÉGAL

Il échoue, mais se déplace au Moyen Niger où il établit une théocratie*  
(En 1854)

* Le premier mouvement et la première théocratie paraissent au pays hausa (le Sultanat de Sokoto en Nigéria du Nord, au début du XIXe siècle), la region où la croissance était la plus forte. Je choisi le mouvement au Sénégal parce que des rapports français le décrivent. 



Ce qui rend cette région distincte :
 
  • Fertile, la plaine alluviale offre deux récoltes par an. Aussi, l'élevage donne au peuple toucouleur un sens précoce de la propriété privée. Beaucoup choisissent de devenir commerçants.

  • À son apogée, la traite négrière stimule l'économie de Saint-Louis, colonie française située à l'embouchure du fleuve Sénégal. Pour nourrir une population en pleine croissance,* incluant, à l'apogée de la traite des captifs en transit et les equipages des bateaux, la cité exige une production accrue de céréales.

Parallèlement, la Révolution industrielle européenne fait exploser la demande : Il faut des peaux pour chausser les nouvelles populations urbaines, ainsi que des arachides pour fabriquer du savon et l'huile indispensable au graissage des machines.

 Croissance de la ville : 
 Population vers 1780 6,000 ; vers 1850 15,000.

Vue de Saint-Louis de la mer, sans date / zoom

 Zoom (avec d'autres images)  
Inauguration d'un pont vers 1850.  

*    *

Les comptoirs sur la rivière se multiplient. Certains laptots et domestiques économisent leurs salaires pour devenir commerçants, mais une partie de la population perd ses terres et ses repères.
-- Aubin 464, n. 102-04

La mission entre Matam et Bakel (comptoirs du fleuve Sénégal), Voyage au Soudan français du Commdt. Gallieni, 1885 
L'Illustration plus tardive montre le même contexte.

  • Un mouvement millénariste renforce les clivages sociaux : Les almamys (chefs musulmans), profondément engagés dans la production commerciale, contrôlent les terres et imposent la dîme, qu'ils gardent souvent.
 -- Aubin 465-6, n.109-116

  • Des prophètes toucouleurs apparaissent. En 1830, l'un d'eux prêche « l'esprit de pillage et de dévastation » contre les infidèles et « une armée de saints, de gens disposés au martyr, grossit de village en village le chapelet à la main, la tête rasée, marche devant lui ». 
          -- L'abbé P.D. Boilat, Esquisses sénégalaises,1853, légèrement raccourci

  • Vers 1840, des bandes de maraudeurs menacent le bateau d'un voyageur. 
-- Anne Raffenel, Voyage en Afrique occidentale, 1846

Vers 1850 al-hajj Umar Tall, marchand toucouleur érudit et rare Africain de l'Ouest a avoir fait le pèlerinage à la Mecque, appelle à fonder une société basée sur la loi divine. 


1860 

Les foules qui le suivent incluent un quart de la population Toucouleur plus des subordonnés d'autres ethnies : paysans qui ont perdu leurs terres, esclaves, cadets de lignages...
 -- Archives de Dakar, 1880

 

  • Ils espèrent obtenir des terres et du butin, et la ruine de leurs anciennes communautés les disposent à en accepter une nouvelle. 

-- Archives de Dakar, 1880


L'armée du Futa Toro en marche, 1820 (dans le récit de l'explorateur Mollien, Gallica) / zoom
L'armée d'un mouvement millénariste en 1818


Mais les autorités résistent. Preuve de leur force : il n'y a pas de marchés.
-- Raffenel
Umar conduit ses foules aux Niger. 

*     *     *

 Suite,



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