Saturday, January 21, 2017

4.4.4. LA THÉOCRATIE AMPLIFIE LA CROISSANCE


POUR COMPRENDRE POURQUOI LES PHILOSOPHIES SONT MASSIVEMENT SUIVIES, OBSERVEZ LEUR APPLICATION PRATIQUE 

La loi musulmane encourage le commerce et les marchands et producteurs les plus dynamiques soutienne la théocratie d'al-hajj Umar.

La capitale est la ville de Ségou, sur le Moyen Niger.


La Confédération toucouleur de Ségou, 1861-1890...

  • Impose la propriété privée de la terre :

À l'arrivée d'Umar la propriété communale est au cœur de l'organisation sociale, même parmi les musulmans. Mais la loi islamique exige la division entre héritiers, et le régime envoie des juges appuyés de soldats pour l'imposer. 

À la conquête française les terres densément peuplées autour de Ségou sont toutes privées, et produisent du millet pour la cinquantaine de marchés des environs. 
-- Archives de Dakar, I G 1899-1900,  227-243.  

L'organisation communale a disparu. 

  • Utilise les « guerres saintes » pour transformer des terres communales en domaines de production commerciale, et pour obtenir une massive force de travail servile : à suivre.

*    *

Un tel changement exige l'autorité : « Il se disait un simple soldat de Mohammed, mais cela lui donnait infiniment plus de pouvoir que celui d'un roi habituel. »   
 -- Archives de Dakar, AOF 1 G 83/2, 1887: 12

Al-hajj Umar Tall, dessin d'époque, source inconnue
Tenue et coiffe qui n'encombrent pas, des marches plutôt qu'une barrière soulignent la grandeur et les visiteurs discutent directement avec le chef, l'entourage restant à l'arrère-plan.


Comme représentant de Dieu il peut exiger une obéissance beaucoup plus entière. Il peut innover. Il est actif. Cette tendance à l'émancipation des rois paraît général : on la voit même agir dans les États qui ne sont pas touchés par la vague de ferveur religieuse. 

En Éthiopie avant 1770 les armes des rois étaient en argent, on les portaient pour lui et toute sa personne était cachée à l'exception de son pied. Après cette date ils sont en fer, ils le portent lui-même et on le voit normalement. Au Waday (un royaume à l'est du Bornou) au début du XIXe siècle, le souverain ne se montre presque jamais en public ; dans les années 1870 il se rend à la prière du vendredi ; en 1898, il assiste à une présentation de chevaux.
-- Éthiopie, Travels to Discover the Source of the Nile par James Bruce 1791, III, pp. 597 et 595 ; Waday, Voyage au Waday par al-Tunisi, trad. Perron, 1845, p. 191; Sahara und Sudan par Gustav Nachtigal 1879, III, p 225 ; Tales of the Waday Slave Trade in the Nineties par W.E. Jennings-Bromley, 1940, p. 78.

 

Mais le monothéisme militant légitime, renforce et accélère le changement.

  
• La succession royale se transforme : le monarque désigne son successeur et lui transmet sa richesse.

Au long du Sénégal et du Niger les successions passaient de frère en frère pour assurer des règnes brefs par des hommes âgés, et pour éviter qu'une seule dynastie accapare les richesses. Maintenant le chef seul possède la « baraka » (grâce divine), donc lui seul peut la transmettre. Umar choisit son fils Amadou, qui lui-même choisit son successeur.

-- Amadou choisit successeur : Voyage d'exploration dans l'Adrar (Sahara occidental) par H.Vincent 1860, p.473

 

  • Ce successeur garde le trésor.

Quand les disciples de son père l'accusent d' « avarice »  —  la plainte habituelle quand un roi ne partage pas — Amadou engage ses propres soldats.
  -- Plainte: Paul Soleillet, Voyages et découvertes dans le Sahara et dans le Soudan, 1881

 

Il prend vingt charges de chameaux d'or (cinq cent kilos) en campagne, et les Français trouvent des bijoux en or estimés à trois cent mille francs ensevelis au palais.
Reise durch Marokko, die Sahara und den Sudan, par Gustav Lenz, 1884, II, p.227  
          De Koulikoro à Tombouctou sur la cannonière « Le Mage » par G. Jaime, 1890, p.153

*    *

Amadou adapte la doctrine : Un pèlerinage à Ségou équivaut celui à la Mecque et il a huit cents épouses, qu'on suppose d'ethnies différentes. Toutes peuvent espérer qu'un fils accède au pouvoir. 

-- La Mecque : Soleillet, 1887, p. 233 
-- Les épouses : Lt. de vaisseau Mage, Voyage dans le Soudan occidental, 1868, p. 408


  
« Il y a toujours deux raisons pour faire quelque chose.
La vraie, et celle qui sonne bien. »

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Suite,
4.4.5. 

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