Friday, December 23, 2016

4.5.3. COMPRENDRE L'HISTOIRE DE NAMBOLOSSÉ


NAMBOLOSSÉ, FILS ET SUCCESSEUR DE GNAPON, EST L'HÉRO SÉNOUFO DU DJIMINI 
 
Les versions de sa mort montrent comment les souvenirs soulignent les points de vue. 

  • Un rapport français

Quand Nambolossé exige qu'un commerçant hausa d'armes et esclaves lui soit livré pour en faire son esclave, des marchands quittent Bokhala* pour fonder un autre village, Dabakakoro. Ensuite il saisit l'héritage d'un Soninké mort sur ses terres, « bien que ses héritiers soient connus ». Alors un chef dyula** et ses hommes entrent à Bokhala quand les guerriers sont partis les intercepter sur une autre route. Ils le brûlent vif dans sa case.  
-- Archives de Dakar, 1878

*Un départ sans la permission d'un chef ou d'un roi annonce des troubles graves, en France aussi. 

** « Un chef dyula » : L'administrateur français ne distingue peut-être pas entre les petits commerçants dyula et les marchands à longue distance beaucoup plus agressifs.  


La version de Darhala

Le chef dyula disparait.

Des partisans des Soninkés déshérités font appel à « Mori », le chef hausa de Marabadiassa, qui dans les années 1870 et 1880 razzie à l'ouest. Il arrive à Bokhala quand les hommes de Nambolossé sont partis. Ils mettent le feu à sa case, le tuent et brûlent son cadavre sur une broche « comme un rôti ». 
-- Bakari Coulibali, imam de Darhala

La version sénoufo

Nambolossé ne meurt pas, mais chasse
 Mori du Djimini. Il l'aurait attrapé mais Mori avait un excellent cheval, qui disparaissait et reparaissait à cinq kilomètres. Pendant sa fuite il rencontre Samori et lui a dit, « fais attention au Djimini. Il y a de vrais hommes. » Plus tard Samori venge la défaite de Mori : c'est lui qui tue Nambolossé.

Ces versions révèlent l'antagonisme entre les deux groupes, dont les villages sont distincts. 

  • Brûler Nambolossé « comme un rôti » indique le mépris des musulmans pour les animistes, que mon interprète ado exprimait en leur hurlant des insultes par la fenêtre de la voiture. (Je lui ai dit que je le renverrai s'il continuait. Il ne pas recommencé.) 

  • « Fais attention au Djimini. Il y a de vrais hommes » exprime la résistance actuelle à ces musulmans et la fierté des vaincus.

La version sénoufo joint Mori à Samori. Mais ils ne sont que deux parmi les razzieurs qui ont dévasté cette partie de la savane : 

    Esclavagistes arabes en Afrique de l'Est, publication de 1892 / zoom
Les musulmans portaient souvent de longues robes blanches, et partout les razziers ont du ressembler à ceux-ci.
 
À partir de 1870 environ, au moins quatre autres razzieurs ont terrifié les populations. En plus de Mori, un rapport d'archives mentionne un certain Vakuba Ture « qui guerroie à l'est avec ses fils ».  
-- Archives d'Abidjan pour la région de Bondoukou (à l'est du Djimini)

Sauf pour les brèves remarques citées ici, les rapports des archives de Paris, de Dakar et d'Abidjan ne disent rien sur ces guerriers, que les Français ne rencontrent pas. 
 
*     *

Les récits omettent ce que leur auteurs
croient ne pas les concerner.

Fin de cette section.

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La prochaine section, 

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