Wednesday, May 13, 2026

0.2. HISTORIENNE D'AFRIQUE SOUS-SAHARIENNE

 

LES PAGES SUR L'AFRIQUE VIENNENT DE MA THÈSE DE DOCTORAT EN HISTOIRE AFRICAINE POUR L'UNIVERSITÉ COLUMBIA À NEW YORK, EN 1975
Elle était résumé par l'article Croissance et violence dans la zone soudanienne, publié dans cet ouvrage en 1982.

, 
Éditions des Archives, Paris, 1982

 
 L'article final de la publication, traduit de l'anglais par Emmanuel Terray,  pp. 423-500

Contre l'avis général qui la disait « en déclin », j'ai voulu démontrer que la savane subsaharienne traversait en réalité une période d'un dynamisme économique exceptionnel. Une telle vitalité barrait la route aux ambitions des conquérants européens. C’est pour briser cette résistance économique que ces derniers, sitôt leur domination militaire assurée, prirent la décision stratégique d'émanciper les esclaves en 1907. Privées d’un coup de leur force de travail, les économies africaines s'effondrèrent en l'espace de quelques semaines, ouvrant grand la voie à l'instauration du modèle colonial.

Pour étayer cette thèse, j'ai d'abord plongé dans les données économiques laissées par les explorateurs, retraçant l'histoire de la zone soudanienne du Moyen Âge jusqu'à la fin de l'esclavage. Puis, mon enquête m'a menée de Paris à Abidjan, de Dakar à Bamako, et de Ouagadougou à Accra. Partout, les documents d'archives et les entretiens — notamment à Ségou, au Mali — confirmaient cette croissance oubliée. J'ai également passé trois mois sur le terrain dans le Djimini, au nord de la Côte d'Ivoire. Là, au fil des discussions, ont éclaté au grand jour les tensions profondes entre les intérêts émergents et les structures traditionnelles menacées..

Ce travail a donné naissance à un long article, le dernier d'un recueil publié sous la direction de Jean Bazin et Emmanuel Terray, directeurs successifs de l'EHESS à Paris. Si une revue universitaire canadienne en fit un éloge vibrant, l'ouvrage fut boudé en France, malgré le prestige de mes deux éditeurs, alors chefs de file de l'histoire africaine.  

Lors de ma soutenance de thèse, le professeur Stuart Bruchey, un sourire aux lèvres, me qualifia de « marxiste civilisée » avant de me proposer de publier mon travail chez Columbia. 

J'avais épousé un Français, j'avais un jeune enfant, j'habitais à Paris et je n'avais aucun moyen de revenir aux États-Unis. Ne sachant pas que le livre serait ignoré et espérant que les portes universitaires françaises finiraient par s'ouvrir, plutôt que de réviser ma thèse pour l'envoyer à Columbia, j'ai frappé à des portes qui sont restées closes.

 Alors, je suis devenue guide touristique. Ayant besoin du soutien du consul de France à Washington pour obtenir ma carte de guide, Terray lui a écrit cette lettre :

Alors je suis devenue guide touristique. Ayant besoin du soutien du consul français à Washington pour obtenir une carte de guide, Terray lui a écrit cette lettre : 

En dépit de la qualité de son travail, Catherine Aubin n'a pu trouver sa place dans les institutions universitaires françaises. Ceci ne surprendra pas ceux qui ignorent à quel point ces institutions sont repliées sur elles-mêmes et réservées à une "elite", présélectionnée depuis les grandes écoles (Ecoles Normales Supérieurs) et les concours administratifs (Agrégation). Même si Catherine Aubin avait publié sa thèse au Etats-Unis, même si elle avait publié de nombreux articles — au dela de sa contribution à l'ouvrage collectif Guerres de lignages et guerres d'Etat que j'ai publié avec Jean Bazin en 1982 — cela n'aurait rien changé à la situation et ne lui aurait pas permis d'accéder à un emploi universitaire en France ; son cas est loin d'être unique : quels que soit la soient ses qualités et la valeur de ses travaux — et dans le cas précis elles sont grandes — il est pratiquement impossible à un étranger, et peut-être plus encore à une étrangère, de s'intégrer en France à des filières universitaires dont l'accès est, de facto, solidement verrouillé dès le départ.
--Emmanuel Terray, Directeur de l'EHESS, le 8 janvier 1991

Devenir guide m'a conduit vers l'histoire française et aux comparaisons qui suivent. 

Voici cette étude,
la suite française en plus.

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Suite,




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