Monday, October 24, 2016

4.6.4. DÉTOUR : L'HISTOIRE NATIONALISTE CACHE DES RÉALITÉS ACTUELLES


 LES POLITICIENS S'APPROPRIENT LE PASSÉ 


Statue in Conakry / zoom
La bedaine, une invention, est un signe de richesse et de prestige quand la nourriture est rare et sépare le dirigeant du peuple. 

Prenez Boko Haram et son impact sur Mandara, arrière-pays de Bornou et de Logone, où les prisonniers mâles étaient tués en leur coupant une jambe.


Un homme se souvient, « Mes oncles étaient pris comme esclaves. Nous n'oublions pas, et Boko Haram nous rappelle l'époque que nos aînés nous ont décrit. »
-- Donald Tada, 
par Joan Tilouine, « Le Monde », 23 mai 201

Indo-Asian News Service

Boko, book (livre en anglais), haram, interdit : le régime du Nigeria du Sud a construit peu d'écoles au Nord. Des souvenirs des razzias étaient-ils une raison ? Le choix du nom « livres interdits » rappelle-t'il l'absence d'instruction et donc d'accession sociale ?  

Le journaliste ne dit rien de la violence particulière qu'indique l'explorateur. Ou il ne pas lu son récit, ou, comme si souvent, il omet ce qu'il ne comprend pas

Mais au moins il mentionne les raids.  

 *     *
  
Ignorer les razziés cache 
ce que le publique ignore 
et que les victimes n'oublient pas.   

*     *     *  

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Wednesday, October 19, 2016

4.6.5. SAMORI ET LE JUDAS SÉNOUFO


QUAND SAMORI EST REPOUSÉ D'UN PREMIER EMPIRE IL ÉTABLIT UN AUTRE AU DJIMINI 
(1894-1898)

Adapté de African History Extra, "The Empire of Samori Ture on the Eve of Colonisation" par Isaac Samuel / zoom

L'adoption des cauris cinquante ans plus tôt à permis la naissance d'une nouvelle class sociale, qui produit des graines pour les marchés par le travail intensif d'esclaves : les « Sonnanguis ». 

Ce sont « des autochtones... qui ont adopté la langue, la coutume, les mœurs et les aspects extérieurs des Dyula tout en conservant le tatouage des Sénoufo... 

Ils n'ont ni l'élévation d'idées, ni l'instruction des Dyulas mais qui, ayant ouvert leurs bras et leur pays à Samori, ont profité de l'amitié du vainqueur pour exploiter les Sénoufos, vis-à-vis desquels ils affichent une morgue et un despotisme qu'ignoraient les vrais Dyulas. » 
-- Archives d'Abidjan

Maintenant indistingables des autres Sénoufo, on se souvient d'eux pour un islam « curieux » qui les rapproche des conquérants et les séparent de leurs esclaves animistes. 

*    *

Ils se souviennent d'un traître, Pélégayan, qui « voulait être roi mais n'en avait pas le droit ». 

Il produisait du millet pour le nouveau marché Foumbolo, sur la route du conquérant


En grandes lettres, villages nouveaux ou agrandis ; en petites lettres, ceux que Samori détruit. 


 Les forces du Djimini arrêtent Samori près de Foumbolo. Pelegayan se lève la nuit, va trouver Samori et dit

« -- Il ne faut pas te décourager, tu vas gagner cette bataille.

-- Par quel moyen ?

-- Oh, ne t'en fais pas, je suis un enfant de ce pays, je vais te montrer, je connais tous ses secrets.

-- Non, tu me dis de ne pas me décourager, mais cela fait trois mois que je suis là, je n'arrive pas à faire quelque chose.

-- Oh, ne t'en fais pas, je suis un enfant du pays, je connais les secrets, tu arriveras à bout. 

Il fait savoir à Samori les secrets. 

Il dit aussi à ses guerriers de ne pas mettre de balles dans leurs fusils »
-- Serisio Coulibali, agriculteur

*     *


Les Sonnanguis sont des exemples de producteurs pour le commerce qui soutiennent les marchands de longue distance et les razzieurs d'esclaves.  

Ils ont du apparaître dans toute la savane
mais à ma connaissance ne sont pas mentionnés. 

*      *      *

Suite,
4.6.6.




Monday, October 17, 2016

4.6.6. DÉTOUR : L'ABSENCE DE CONTRÔLE ÉCONOMIQUE MALGRÉ LA CONQUÊTE


LA PRODUCTION LOCALE BLOQUE LA VENTE DES MANUFACTURES EUROPÉENES 

Les vainqueurs souhaitent ouvrir des nouveaux marchés mais leur export le plus important, les textiles, ne se vendent pas. 

Pourquoi acheter des tissus industriels ? Les élites avaient des somptueuses tenues brodées et le reste de la population, des drapés spectaculaires fait d'un coton qui durait indéfiniment :



  • Textiles tissés à la main  / zoom 

 


 












*    *

Les puissances coloniales ne se sont jamais emparés de ce marché. 
 
Quand des soldats ghanéens en Indonésie 
ont ramené des saisissants imprimés « wax » chez eux,
les ventes sont allées aux hollandais,
et le font encore. 
  


Monday, October 10, 2016

4.6.7. QUAND LES ESCLAVES SONT LIBERÉS LES ÉCONOMIES S'ÉFFONDRENT


LE PREMIER ACTE DES CONQUÉRANTS EUROPÉENS LEUR 
CONTRÔLE MILITAIRE ASSURÉ, EST DE LIBÉRER LES EXCLAVES: LES PRODUCTEURS S'ÉCROULENT IMMMÉDIATEMENT 

Le rapport que Monsieur Texier, le sous-préfet of Dabakala, ait trouvé dans les archives et m'a laissé lire.    

Ce récit de quarante pages commence par la venue du Gouverneur de la Côte d'Ivoire à deux centres du nord aux fortes concentrations d'esclaves, pour annoncer qu'ils sont libres. Il voyage en pleine saison des pluies : l'ordre vient de Paris.   

D'abord les captifs ne le croient pas, mais quand certains partent et que rien n'arrive, l'exode s'emballe. Presque tous s'en vont, certains pour des villages qui souvent n'existent plus, d'autres au hasard.

L'administrateur termine son rapport en doutant que leurs vies soient meilleures. Il observe tristement la chute en quelques semaines de sociétés florissantes.
-- « Rapport du Capitaine Schiffer », octobre 1907, archives de Dabakala


*    *

Dans toutes les régions conquises sauf les plus reculées, la transformation est complète vers 1907. Les colonialistes imposent alors leur économies.

Les producteurs doivent 
travailler la terre eux-mêmes :
Leurs descendants le font toujours.

*     *     *
Suite,



Saturday, August 27, 2016

4.7. L'ISLAM AFRICAIN, UN SUJET NON-OCCIDENTAL ?


L'INTÉRÊT POUR LES THEOCRATIES DU XIXe SIÈCLE PEUT PARÂITRE UNE EXCEPTION À L'ACCENT SUR L'OCCIDENT 

Mais les historiens peuvent choisir l'animisme ou l'islam :

Cette photo et celle qui suit sont de Rois d'Afrique par Daniel Lainé, Paris (ed. Arthaud), 1991.



Mais non seulement y-a-t'il beaucoup plus d'études sur l'islam que sur l'animisme, mais l'accent est sur les volontés de le « purifier », c'est-à-dire de le rendre aussi peu africain que possible. Malgré des innovations : pensez au huit cent épouses de Amadou Tall et à la proclamation de Ségou comme lieu de pèlerinage égal à la Mecque.
 
Pourquoi cette fascination? L'islam semble-t'il une alternative aux croyances du monde industrialisé, un replacement puissant, exotique et conservateur ? 

Cette attention donne-t'elle aussi une sorte de respectabilité aux Africains, en les associant à des élites qui sont urbaines, commerciales, lettrées —  et blanches ? 
  

Thursday, August 25, 2016

4.8. LES AFRICAINS PRENNENT LE DEVANT DE LA SCÈNE



LES HISTORIENS REFLÈTENT INVOLONTAIREMENT LA DÉPENDANCE SUR L'OCCIDENT QUI SUIVIT LA LIBÉRATION
DES CAPTIFS

Souligner la traite atlantique rend les Africains victimes, collaborateurs ou opposants des blancs, acteurs de rôles secondaires — les stars sont blancs. Mais en fait les razzieurs et les producteurs pour le commerce devraient les occuper.

Croire que des étrangers ont exercé l'hégémonie pendant des siècles suggère le phénomène naturel et presque éternel. 

Montrer qu'elle existe
que depuis quelques générations
éclaire sa base économique 
et révèle son caractère transitoire. 

Al-hajj Umar Tall sur un mur de Dakar / zoom


Fin de la Partie IV.

*      *      *

  La Partie V, 



Thursday, June 30, 2016

V. LA MÊME APPROCHE ÉCONOMIQUE APPLIQUÉE À LA FRANCE


LES MÊME CAUSES PRODUISENT LES MÊMES EFFETS

L'agriculture non-mécanisée mène aux mêmes sortes d'autorités, mêmes formes de guerre et mêmes sortes de conflit entre intérêts que deviennent obsolètes et les forces nouvelles qui les défient. 

Les très riches heures du duc de Berry / zoom

Fermiers traditionnels, Ghana

Résumé

  • La croissance économique conduit à une lutte entre des intérêts devenus obsolètes et des forces nouvelles. Ces derniers gagnent. Une autorité plus robuste apparaît en même temps, qui les protège mais aussi les domine.  

Ayant montré comment la croissance s'étend du Sahara après la chute de l'Empire du Songhay Empire (en 1591), nous nous sommes tournés ver le Djimini, une lointaine region à la lisière de la forêt. Là, un combat entre des commerçants musulmans et et le chef des fermiers animistes finit par l'acceptation d'une monnaie infiniment divisible, qui permet à tous de faire du commerce. Une chefferie assez robuste pour maîtriser ce changement apparaît au même moment.   

En France, les « guerres de religion » du XVIe siècle sont des luttes entre catholiques qui limitent la recherche du gain et protestants, capitalistes en herbe qui contestent ces limites. Elles se terminent par l'autorité plus musclée des Bourbons, qui laisse les protestants commercer à leur gré mais les domine.

  • Les anciens obstacles au gain disparus, les économies se développent. Les autorités aussi.  

Au Djimini le nouveau marché de Bokhola prospère, d'autres jaillissent, des marchands plus puissants arrivent et une classe nouvelle de producteurs apparaît. Quand le fils et successeur du chef de Bokhala agit brutalement contre les marchands, ils envoient une force contre lui qui le brûle vif dans sa case.  

En France les guerres civiles prennent fin (en 1594) et les protestants sont officiellement tolérés (en 1598). Mais la dynastie plus puissante des Bourbons les maîtrise. Des monuments et un nouveau dessin urbain indique sa puissance.

  • Retour de conflits et renforcement du pouvoir

Au  Djimini des animistes et des petit marchands résistent à l'invasion des marchands à longue distance et aux nouveaux producteurs qui les soutiennent. Mais un razzieur et conquérant les soumet (en 1894). Il établit un état basé sur le travail intensif d'esclaves pour fournir les marchés en pleine expansion.

En France, les protestants sont tolérés jusqu'à ce que leurs activités menacent les prédominance économique catholique. Beaucoup arrivent à quitter le royaume, mais ceux qui restent sont obligés de se convertir. Ces conversions sont superficielles mais puisqu'elles obligent à accepter les barrières au profit, personne ne s'en soucie.  

Les cycles se terminent au Djimini quand les conquérants européens libèrent la force de travail, et en France quand les Révolutions de 1789-1795 et de 1830 laissent le capitalisme prendre son envol.  

*    *

Ces pages ont suggéré une
autre version du passé africain.
Elles font maintenant la même chose
pour la France.