Saturday, June 11, 2016

5.3.2. LES ROIS AFFIRMÉS DISPERSENT LES RICHESSES

 

VERS 1500, LES GRANDES DÉCOUVERTES DÉCLENCHENT   L'EMERGENCE DU CAPITALISME MODERNE DANS LES PAYS DE L'ATLANTIQUE, JUSQUE LA PERIPHÉRIQUES 


Porté par cette opulence, Louis XII modernise la cour en invitant les filles de la noblesse à la cour. François Ier généralise cette pratique, rendant la cour de France le modèle absolu d’élégance et de prestige en Europe.


        Scouts de France, disparu du web; source non nommée. 

  Le concert après le repas, Ambrosius Benson, 1540-1550 © Louvre / zoom

 Bal à la cour des Valois, artiste inconnu,© Musée de Rennes, Adélaïde Beaudoin / zoom

 La cour à Fontainebleau, tapisserie.

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Neutraliser les nouvelles recettes conduit à transformer le palais de Fontainebleau et à rénover ou construire le châteaux de la Loire, à somptueusement promouvoir les arts, à choisir des superbes favorites, à créer des processions immenses en passant de château en château et à établir les « maisons » royales avec leurs innombrables serviteurs.   

Fontainebleau 

Chenonceau, le plus spectaculaire des chateaux de la Loire.

  • François Ier achète des œuvres majeures aujourd'hui au Louvre. 

Il invite Léonardo da Vinci et l'abrite pour le reste de sa vie. Léonardo fait les plans pour le Château de Chambord et lui vend La Joconde. 

 La sainte famille de Raphael à Fontainebleau.

  • « L'École de Fontainebleau »

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  • Diane de Poitiers, la favorite du Dauphin, un personnage de première importance quand il devient Henri II.  

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  • Procession 

Entrée d'Isabel de Parme à Vienne pour épouser Joseph II par Martin van Meytens, 1760 / zoom
Celle-ci a lieu deux cents ans plus tard, mais les processions royales se ressemblent.

Catherine de Medici et Charles IX (treize ans)
visitent le royaume entier
pour unir la population derrière lui (en 1564-1566)

Les rois et leurs cours avaient toujours voyagé de château en château, pour qu'ils soient nettoyés, approvisionnés, pour laisser le gibier se refaire ou pour des excursions politiquement utiles. Mais pour unifier la population derrière la Couronne en période de tensions religieuses, la Reine Mère souhaitait visiter tout le royaume : Dijon, Lyons, Aix-en-Provence, Marseille. La famille royale, leurs maisons, le Conseil, la court, les nobles et leurs maisons, les ambassadeurs, le clergé, les artisans, les cuisiniers, les nains, les bouffons, les musiciens 
15,000 personnes, plus des milliers de chevaux et des bêtes de somme pour porter les tenues, les tapisseries, les tentes, le vin, les provisions, les meubles, les livres  constituaient le cortège. 

Puisque les villes finançaient l'honneur de recevoir le roi, l'expédition détournait une partie des richesses de la bourgeoisie provinciale. 

L'extraordinaire défilé prenait une journée entière à passer. On venait de très loin pour briser la routine et acclamer le roi.

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  • La démesure des maisons royales : Dès leur naissance, les rois, les reines, mais aussi leurs frères, sœurs, cousins et enfants vivaient entourés de centaines de courtisans et de domestique.

Cette foule de personnel servait avant tout à afficher leur haut rang : le frère de Louis XIV comptait 27 personnes rien que pour son service médical : neuf médecins, trois consultants, un apothicaire et son aide principal, sept autres aides, un dentiste et cinq barbiers. 

 -- Henrietta of England, Duchess of Orleans, par Jacqueline Duchêne, 1995

Réduire ces maisons n'était pas possible quand la dépense royale était si profondément ancrée. Pour éviter ces frais sans baisser le standing de la cour, Louis XV a fait élever ses quatre filles les plus jeunes dans un couvent pour limiter les frais.

Cette quantité de personnes autour d'un personnage royal fonctionnait comme un symbole de puissance. Ce principe rappelle une technique utilisée à la capitale du Dahomey : pour donner l'illusion d'une foule immense alors que la ville était peu peuplée, les figurants d'un cortège repassaient en boucle devant les spectateurs.

 Les maisons royales exprimaient exactement la même idée de mise en scène.


La destruction du gain à grande échelle 
renforce toujours l'autorité. 

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5.3.3.


Friday, June 10, 2016

5.3.3. DÉTOUR : L'ÉCLAT DURABLE DE LA MONARCHIE FRANÇAISE


LA PREMIERE ÉMISSAIRE DE LA CULTURE FRANÇAISE, ANNE BOLEYN

Elle grandit dans la cour de François I, où son père était l'ambassadeur anglais. Les modes et les reparties qu'elle y apprit ressortaient dans la cour rustique anglaise.  
(Retour en Angleterre,1522) 


Anne Boleyn par Hans Holbein le Jeune
Le seul portrait véridique. Les cheveux blonds étaient peut-être une façon d'intégrer Anne aux canons de beauté de l'époque. 

Maigrichonne et brune, elle était à l'opposée des voluptueuses blondes admirées à l'époque, mais elle avait absorbé la sophistication, l'allure et le badinage coquin de la cour de François Ier. Henry VIII, brilliant et cultivé, composait des motets en latin qu'il chantait avec elle. Leurs lettres d'amour sont en français. 
-- Une reine pas très catholique par Dominique Muller, 1996


• L'aura actuel

  • La fille d'un chauffeur (Audrey Hepburn) revient au Connecticut après deux ans à Paris :

Sabrina par Billy Wilder, 1954

  • « Christine Lagarde's Power Dressing » (« La tenue qui impose de Christine Lagarde »)

Forbes 2011

  • Le Kiwanis Club de Denver, au Colorado, propose comme prix de tombola un dîner français préparé par le maître de maison.

Photos de John Kelly, le maître de maison

Des « cupcakes » avec des drapeaux français

Des membres du Kiwanis avaient concouru pour un dîner de cuisine française chez un membre qui avait appris le français, venait régulièrement à Paris et y avait suivi des cours de cuisine.

« L'art de vivre » français
est un souvenir de la cour royale.

*     *     *

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Thursday, June 9, 2016

5.3.4. LA SOBRIÉTÉ DU BAROQUE FRANÇAIS


« Baroque » : le terme portugais pour une perle de forme irrégulière. 

L'ART DE LA CONTRE-RÉFORME DÉFIE L'AUSTÉRITÉ ET LA RATIONALITÉ PROTESTANTE SAUF EN FRANCE

Où l'importance d'un classe moyenne puissante et rationnelle conduit à un style plus atténué que celui des autres pays catholiques.*

*Comme dit dans Baroque et classicisme par Victor Tapié, 1957, un classique dont l'explication économique serait improbable aujourd'hui. 

J'ai assisté aux cours de Monsieur Tapié à la Sorbonne, et me souviens d'un flamboyant conservateur qui parlait du baroque en passant sa main par sa crinière blanche, en portant 
une ruby géante sur une bague.

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Comparez les églises Santiago de Compostelle, d'un lieu de pèlerinage en Espagne, et Saint-Paul Saint-Louis, la première église baroque en France : 


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  • Des colonnes sculptées vs. des blocs de pierre : 

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  • À l'autel, de l'or vs. des chandelles : 

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  • Des saints qui observent du sommet : 

Saint-Jacques : le saint, un pèlerin traditionnel. 

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Saint-Paul : Le saint est un roi canonisé (Louis IX-Saint Louis), qui porte une couronne plutôt qu'une auréole et se tient sous une autre couronne, si immense qu'on la distingue facilement de la rue. L'explication se trouve ici.

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La relative simplicité de Saint-Paul se retrouve dans d'autres constructions parisiennes de l'époque, telles la place des Vosges
et le pont Neuf —  parce qu'une classe moyenne puissante et rationnelle résiste ce qui lui semble de l'exaggération.
-- Tapié

Et parce qu'une monarchie plus musclée 
domine l'économie,
il n'est pas (encore) nécessaire 
de disperser les richesses.*

*L'absence de somptuosité s'explique autrement pour la génération qui suit 1635, car l'entrée de la France dans la Guerre de Trente Ans suivi d'une autre guerre civile absorberont les ressources pour une générationLe petit Louis XIV dormira dans des draps troués.

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Wednesday, June 8, 2016

5.3.5. EN ESPAGNE, NI GUERRE CIVILE, NI PROTESTANTS, NI CAPITALISTES


LES NOUVELLES RESSOURCES TRANSFORMENT L'IMAGE DES ROIS ESPAGNOLS
 
Charles Quint est débout. Une couronne ne l'encombre pas. Ses mains sont vides. Ailleurs il est à cheval.

     Carlos V par Bartolomé Vincente, vers 1675 / zoom 

Au XVI siècle Séville, carrefour du luxe de l'Orient et du trésor du Nouveau Monde, est plus important que Venise.

View de Seville, attribuée Alonso Sanchez Coellovers 1580 / zoom

Mais ces ressources viennent de l'extérieure, pas de producteurs locaux :    

Origine des richesses espagnoles : Flandres et les Amériques


Dominer la riche Flandres et saisir les trésors de l'Amérique latine financent un siècle et demi d'hégémonie et un Âge d'Or d'églises, de décors de théâtre, de pièces and et de peintures, dont... 

Las Meninas par Velasquez, 1656 / zoom

Vue de Tolède par El Gréco, vers 1600 / zoom


L'enterrement du comte Orgaz par El Greco, vers 1587 / zoom

Le pied-bot par Jusele de Ribéra, 1642 / zoom


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Ces resources financent aussi l'Inquisition, qui prend son envol au XVIe siècle. Comme toute destruction officielle de richesses, elle renforcent l'autorité.


La procession de l'Inquisition de Goa, 1783 / zoom

Le Grand Inquisitor (Cardinal Fernando Niño de Guevara) par El Greco, vers 1600 / zoom

Des tribunaux apparaissent dans toute l'Espagne et dans ses colonies. Chaque tribunal rémunère deux ou trois Inquisiteurs. Membres de l'élite, ils sont bien formés et payés et assistés par des notaires, des avocats, des scribes, des médecins, des gardes de prison et des bourreaux.

-- La logique des bûchers par Nathan Wachtel, 2009 


   Auto-da-fé à Madrid par Francisco Rizzi, 1683 / zoom 
Remarquez l'hierarchie et l'association de l'Église et de l'État.

L'accusé doit se repentir devant le souverain — ou devant ses délégués s'il se trouve hors de Madrid. Alors seulement, le verdict tombe : le pardon ou le bûcher immédiat.

L'Inquisition la nuit par Goya, 1810 / zoom

La nuit rend le spectacle plus terrible encore. 


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Le régime déclare comme des ennemis les juifs et les musulmans convertis de force, soupçonnés d'être fidèles à leurs croyances ancestrales. Il épargne toutefois les protestants, jugés trop rares pour inquiéter l'ordre établi.  

L'économie ne change pas. L'Espagne non plus.  

Internet, photographe inconnu 

Rénovée au XVIIIe siècle, la façade de Saint-Jacques-de-Compostelle conserve l'héritage de ses décors monumentaux d'origine.

Quand les revenus de l'Espagne s'épuisent, la France l'absorbe aussi inexorablement que la fin de la traite atlantique vit les producteurs africains balayer les royaumes archaïques

En 1700 l'ambassadeur d'Espagne 
s'agenouille devant le petit-fils de Louis XIV, 
nouveau roi d'Espagne. 

King Louis XIV proclame le duc d'Anjou roi d'Espagne le 19 novembre 1700 par Maurice Leloir, 1931

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