Monday, September 17, 2018

3.1.6. SOUMISSIONS EXPLICITES DES FORCES D'ARGENT



LES ROIS FAVORISENT LES ÉTRANGERS CAR  VULNÉRABLES,
ILS SONT FACILES À CONTRÔLER 

En Afrique des suzerains animistes ou chrétiens imposent des marchands musulmans, dont l'apparence, la religion et les coutumes séparent de la population.

  • En Ashanti (Ghana) à la fin du XVIIIe siècle le suzerain animiste agrée les commerçants musulmans mais confisque l'or des indigènes. 

  • Le roi du Shoa chrétien (en Éthiopie) à la même époque permet aux musulmans de commercer en marchandises qu'il monopolise, leur demande peu d'impôts et les favorise en disputes. 
-- Confisque l'or : Kwame Arhin, Aspects of the Ashanti northern trade in the 19th century,
 « Africa » XL 4, 363-373.
  Faveurs aux Musulmans : Mordechai, Ethiopia, The Era of the Princes, 1968, p. 173

Des étrangers (exclusivement des marchands) ne peuvent obtenir provisions ou guides ou avoir des contacts avec la population sans l'accord du roi : 

 Ambassadeurs hollandais à la cour de Garcia II, roi de Kongo, 1668 / zoom
La soumission des ambassadeurs, associés aux marchands.

  • Au Bornou (Nigéria du Nord) avant d'être reçu par le sultan des Britanniques sont complètement isolés, mais ensuite « notre case fut tellement envahie par les visiteurs que nous n'eûmes plus un moment de repos et la chaleur y devint insupportable ».

 -- Narrative of Travels and Discoveries in Northern and Central Africa in 1821, 1822, 1823 par Hugh Clapperton, Denham Dixon, W. Oudney, 1824, p. 67.

 

  • Au Darfur, les lettres d'introduction du marchand W.G. Browne ne servent à rien tant qu'il n'ait pas vu le Sultan, car « nul ne savait quelle réception me réserver ».
--  Travels in Africa, Egypt and Syria from the year 1792 to 1798 
by W.G. Browne, 2nd ed., 1806, p. 212.

  • Au Bundu (Sénégal) Raffenel quitte la capitale sans la permission du roi et ne peut même pas obtenir de l'eau.
Les autres citations : Aubin 447, n. 45 

*    *

En l'Europe du haut Moyen Âge seuls des juifs peuvent commercer, et seuls des chrétiens posséder des terres. Les fleurs de lis montre le roi de France.  

Les juifs portent la rouelle rouge et blanche.

               Octroi aux juifs d'un privilège de commercer au Luxembourg vers 1340 (disparu du web)

Ils paient un tribut et servent de boucs émissaires. 

Des rabbins offrent de l'or à Alexandre le Grand : manuscrit grec, XIV siècle  

             Manuscrit belge, XIVe siècle / zoom
Les juifs étaient honnis en tant qu'usuriers, mais la croyance qu'ils avaient « tué le Christ » était due à l'Église et conduit à les brûler vifs dans de nombreux lieux ou la peste passa. Des croisés en route pour Jérusalem faisaient de même.  

Quand la croissance permet la montée d'entrepreneurs locaux, les juifs sont bannis.


*    *

Quand l'économie française se développe des chrétiens remplacent les juifs. Ils sont contenus par...
 
  • L'Église

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À la foire de Saint-Denis, l'abbé domine les marchands et sa bénédiction est un acte d'autorité.

  • Des rois plus puissants 

Marco Polo arrive à la cour de Kublai Khan par Jehan de Grise  / zoom

Même sujet, manuscrit de Robert Fresher / zoom

*     *

L'économie se développe et des chrétiens remplacent les juifs.  L'Église et une monarchie plus forte les contrôlent : À la foire de Saint-Denis l'abbé domine les commerçants et sa bénédiction est un acte d'autorité. les arcs de triomphe de Louis XIV se dressent au dessus de grandes deux voies de commerce aux portes Saint-Denis et Saint-Martin (à partir de 1674). 


                                                                                                                                                          Zoom

Les deux photos d'arcs / Claude Abron
L'arc le plus grande et le plus orné (de la porte Saint-Denis, 10e) honore la monarchie en survolant la voie de commerce qui conduit aux sépultures royales. Ses sculptures soulignent le roi lui-même. 

L'inscription de l'arc plus petite (de la porte Saint-Martin) annonce que les marchands de Paris ont financé les deux monuments, « en hommage au grand roi. »

Les marchands disent « Nous sommes là ! »,
annonce de changement à venir.

Fin de cette section.

*      *      * 

La prochaine section,

 

Friday, August 31, 2018

3.2. LA GUERRE RITUALISÉE, AUTRE FREIN À LA CROISSANCE


GUERROYER DRAINE LE SURPLUS PAYSAN ET LE TRÉSOR DES ROIS ET DES NOBLES

L'emphase martial fait partie de la domination des nobles, mais les accoutrements sapent leur richesse et la destruction est limité en pratique. 

Le livre de tournois de René d'Anjou, XVe siècle 
Les  accoutrements obligent de grosses dépenses et font trébucher les chevaux.

    Cavalerie du Kanem, Black History Studies / zoom


En bref
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Suite,

Saturday, August 25, 2018

3.2.1. LES LIMITES AUX GUERRES ET AUX RAZZIAS TRADITIONNELLES

Récit complet dans Aubin, pp. 487-90

LES RAZZIAS ANNUELLES EN SAISONS SÈCHES NE CHERCHAIENT QUE LE NOMBRE DE CAPTIFS QUE L'ÉLITE POUVAIT UTILISER, CAR UN SURPLUS DEVRAIT ÊTRE  ENTRETENUS OU VENDUS

Leur achat permettraient à des producteurs d'augmenter leur force de travail, leur production, leurs ventes et leur menaces.  
 
  • Les captifs étaient surtout des femmes et des enfants :

          Dans le Mali actuel,1892 / zoom
      Des dessins montrent surtout des femmes, celui-ci avec un enfant en arrière-plan.

  • L'armée du Bornou (au Nigéria du Nord) tuait des prisonniers mâles en leur coupant une jambe.

L'explorateur Heinrich Barth, qui accompagna l'expédition mentionne cette tuerie mais ne la commente pas.
Narrative of a voyage in North and Central Africa, 1855, II, pp. 324-86.

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Les captures étaient freinées par... 

  • Les foules qui accompagnaient les armées dans toute la savane entre le Niger et l'Éthiopie : les campements représentaient le palais, la capitale et le royaume, ou bien la tête, les mains et les pieds du roi.   
 -- Aubin, p. 487. D'autres références, p. 198.

Marshal Bugeaud pendant la conquête d'Algérie par Horace Vernet, 1846 / zoom
L'arrière-plan de tentes d'Abd-el-Kader ressemble à l'hiérarchie en savane africaine.

  •  Des attaques de villages d'un côté seulement, ce qui permettait la fuite et épargnait les récoltes (au Cayor, Sénégal).
 -- De la Sénégambie français par F. Carrère et P. Jolle, 1855, p. 70.


  • Considérer que certains jours propices au combat. Les Ashanti (au Ghana) ne se battent qu'un jour sur trois. Ils arrêtent une marche qui menaçe les Anglais pour ne pas guerroyer un jour défavorable.
 -- La captivité dans le royaume abron du Gyuman par Emmanuel Terray, 
« L'esclavage en Afrique pré-coloniale », ed. Claude Meillassoux, 1975, p. 325.

  • En avançant « dans une sorte de parade », tirant et se retirant à tour de rôle (en Sénégambie).
-- Carrere et Jolle, p.7.

  • Un rituel que le roi conduit (au Dahomey) :

Femmes armées allant à la guerre, le roi en tête, « Histoire du Dahomey » par Archibald Dalzel, 1793 / zoom


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Utilisation de chevaux

  • Les nobles s'en servaient pour le prestige, pour le spectacle, pour des exploits individuels, pour dominer les piétons — ou pour fuir.

Zoom
L'homme à pied tient bon.

  • Quand la victoire importait ils pouvaient combattre à pied. Les Galla (en Éthiopie), commandés de descendre de leurs montures, ont « combattu désespérément pour leur vie » et l'ont emporté ; les Mossi (au Burkina Faso) sont arrivés au champ de bataille montés sur des ânes (trois guerriers par âne), sont descendus et ont gagné.
-- Galla, Voyages pour découvrir la source du Nil par James Bruce,1791, III, p.233.
Mossi, Archives de Dakar, 1892, I, p.89.
Autres exemples : Aubin, 486, n. 197 

Voyage au Soudan français (Haut-Niger et pays de Ségou en 1879-81) par le commandant Gallieni
La fête contraste le show des cavaliers avec la discipline des hommes à pied.  


Utilisation de fusils 

  •  Les balles des mousquets fabriqués à Birmingham à la demande africaine ne pénétraient pas les boucliers en bois, ou même les uniformes européens : un officier n'est que renversé par une balle tirée à vingt mètres. Il serait plus utile de jeter des pierres que de tirer, a écrit Heinrich Barth.
-- Bouclier, uniforme : Voyage en Afrique occidentale by A. Raffenel, 1846, I, 28
     -- Pierres : Barth, 1865  II, 393.  
Ces commentaires sont typiques  pour l'ensemble de Afrique de l'ouest vers 1850 :
Aubin 487-9, n. 195-199

 

  •  Comme les chevaux, on pouvait abandonner ces mousquets quand la victoire comptait vraiment : les troupes d'Oyo (au Nigéria) vainquirent ceux d'Ibadan en jetant les armes à feu et en chargeant avec des sabres. 

  • Un dandy et un agriculteur portent des mousquets comme accessoires :  
-- Samuel Johnson, Histoire des Yoruba, 1924, p. 24

 
Le commandant Gallieni

  • Pour l'efficacité on utilisait les moyens traditionnels : un chasseur tirait cinq flèches si rapidement et avec une telle précision que plusieurs semblaient atteindre la cible en même temps.
 -- H. Héquard dans la Revue coloniale, 1852, 2e série, IX, 342
 
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La fumée et le fracas des fusils s'intégraient au spectacle guerrier...  

Roi Mossi king (au Burkino Fasso) et sa cavalerie, 1892.
 
     Second Visit to Discover the Sources of the Nile par John Speke,1864

Le commandant Gallieni 


Zoom
  Festival de fin de Ramadan à Bauchi (Nigéria du Nord), 1973 : même idée.

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Les razzias ne devaient pas trop bien réussir :
     « Nous ne voulons que 
         vous garder dans votre coin ».
 -- Guerriers nobles à des producteurs pour le commerce,
 M. Lamiral, L'Afrique et le peuple africain, 1789, 85

Thursday, August 23, 2018

3.2.2. EN EUROPE, DES GUERRES AUX LIMITES COMPARABLES


LÀ AUSSI LA VIOLENCE DÉTRUIT UNE PARTIE DU SURPLUS PAYSAN ET RENFORCE L'HIÉRARCHIE 

La chasse, réservée au nobles, limite la production commerciale en écrasant une partie des récoltes, et la guerre, qu'ils dominent, dispersent leurs propres ressources en chevaux et en spectacle. Ensuite les anciens adversaires festoient ensemble et se marient. 


Le grand plaisir du comte Geoffroi est la chasse. En poursuivant le gibier, il saccage les récoltes des paysans.  

 -- Manuel scolaire des années 1950

La grande occupation de Geoffrey, Comte d'Anjou, est la guerre. Il se bat souvent avec des seigneurs voisins. 

Cette violence contrôlée encourage la permanence. 

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Comme en Afrique des foules entravent le mouvement de l'armée en soulignant le roi : 

  • Ici des bourgeois prospères sont présents. Le personnage en noir est une femme :

Tapisserie (détail), musée de ka Renaissance / Claude Abron

  • Des civiles n'accompagnent pas les campaigns, qui ne sont pas des razzias sans dangers pour les attaqueurs mais des combats réels, qui permettent d'attirer la faveur du roi par des exploits. Mais la cour entoure Louis XIV quand il visite des villes conquises (en 1667 et 1672).
 
            L'Entrée royale de Louis XIV et de Marie-Thérèse à Arras en 1667 par Adam van der Meulen, vers 1685 / zoom

Remarquez la population et les chevaux blancs du roi et de la reine.

  • L'organisation des cortèges souligne l'hiérarchie comme en Afrique  la dépense en plus, que les brèves descriptions pour l'Afrique ne mentionnent pas mais que le spectacle des déplacements indiquent implicitement :

Le roi, qui fit ses voyages de guerre à cheval, fit celui-ci, pour la première fois, en carrosse [...]. La reine, Madame, sa belle-soeur, la marquise de Montespan, étaient dans cet équipage superbe, suivi de bcp d'autres ; [...] le dauphin arriva ensuite avec sa cour, Mademoiselle avec la sienne  [...]. On faisait porter dans les villes où l'on couchait les plus beaux meubles de la couronne. 

On trouvait dans chaque ville un bas masqué ou paré, ou des feux d'artifice. Toute la maison de guerre accompagnait le roi et toute la maison de service précédait ou suivait. Les table étaient tenues comme à Saint-Germain. La cour visita dans cette pompe toutes les villes conquises. Les principales dames de Bruxelles, de Gand, venaient voir cette magnificence ; le roi les invitaient à sa table ; il leur faisait des présents pleins de galanterie. Tous les officiers des troupes en garnison recevaient des gratifications. Il en couta plusieurs fois quinze cent louis d'or par jour en libéralités. 

-- Le Siècle de Louis XIV par Voltaire, ed. 2015, p. 436.

  • Hiérarchie : Quand Louise de la Vallière, favorite que la roi est en voie d'abandonner, n'est pas invitée au voyage mais se lance vers lui à cheval, il lui crie furieusement, « Quoi ! Vous précédez la reine ! »

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Les combats s'arrêtent les jours saints, un jour sur trois (pour les Ashanti, deux jours sur trois). Attaquer Paris un jour saint est  une des raisons pour condamner Jeanne d'Arc.  

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Les chevaux ont le même usage qu'en Afrique. Ils ajoutent au spectacle, permettent des exploits, laissent les nobles survoler les roturiers, qui sont beaucoup plus souvent blessés ou tués : 

Bataille de Montecatini, Toscane, 1315 / zoom


Là aussi ils servent à la fuite et là aussi, pour la victoire les cavaliers se battent à pied (comme les Galla et les Mossi).
      -- Ainsi des chevaliers anglais du XIIe siècle vainquent leurs adversaires stupéfiés :
The Pillars of the Earth, roman historique par Ken Follett, 1989

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Des armes pour le spectacle, pas pour le combat

Pièces exposées au Louvre
Bouclier de Charles IX, brodé d'or.



Louis XII part pour supprimer une révolte, 1507, par Jean Bourdichon, illuminateur de manuscrits pour la cour de France / zoom

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Même idée

Cavalier de Nigéria du Nord, Instagram, Presenta Barman

Comme les danses martiales en Afrique
les chroniques, les récits et les arts 
glorifient une violence qui
— sauf pendant les guerres civiles
était (informellement) muselée en pratique.